Certains jours, une étrange pression s’abat sur le blogueur. C’est une question qui le taraude : mais de quoi donc est-ce-t-il que je vais-t-il bien pouvoir parler dans mon blog ? Et surtout, est-ce que ça va beaucoup se voir que j’ai rien à dire ?

 

Alors, entre la bouilloire qui siffle et les lumières clignotantes du camion poubelle qui illuminent sa fenêtre, le blogueur tente de passer outre et de reproduire les gestes du quotidien. Mais l’idée fixe reste plantée dans son crâne, de quoi-t-est-ce que je vais bien-t-il pouvoir causer ?

 

Ce vertige n’est pas propre au blogueur. Il s’attaque à d’autres, hommes et femmes, souvent sans défenses et sans associations de soutien. C’est le vertige éprouvé par un marin pêcheur Islandais (« qu’est-ce je fais-là, il pleut, qu’est-ce que je vais remonter comme baril aujourd’hui… »). C’est le vertige du moine Shaolin accroupi (« à quoi vais-je bien pouvoir méditer, et est-ce que ça va se voir si je m’endors… »). C’est le vertige du coureur de fond solitaire, récapitulant la liste des courses, l’allongeant pour s’occuper l’esprit (« céréales, oranges, coquillettes, morphine, semelles anti-odeur, Narta-Homme…euh…céréales, oranges, coquillettes… »). C’est le vertige de l’homme public serrant des mains longuement, mâchant un petit-four plus de douze minutes pour se donner le temps de faire face (« qu’est-ce que j’y réponds à cette andouille, et pis d’abord qu’est-ce que j’y connais, moi, au problème des retraites…).

 

Le vertige devient parfois interrogatif devant le questionnement des autres. Mon vertige personnel d’aujourd’hui  naît devant ces questionnements dans le feu de l’action du vif du sujet (« Alors, les soldes ? Hein ? Y’a du monde ? Ah lala… Et c’est moins cher ? Oh ! »).

 

Vertige des soldes : ce thème lourd et consistant est admirablement exploité (avec rectitude et professionnalisme) par des Aventuriers-Reporters qui travaillent pour la Radio-Télévision Française. Ils quittent leurs appartements (par les escaliers ou l’ascenseur, au choix), se retrouvent dans la rue d’une ville au hasard (tiens, j’sais pas, moi, Paris) et se dirigent droit vers Mireille ou Geneviève pour lui demander : Alors ?! …C’est les soldes ??

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On imagine aisément les réponses toutes plus inattendues les unes que les autres. D’ailleurs, cette brusque intrusion de l’inopiné dans la banalité de nos vies nous laisse perplexes, désorientés et même, pris de vertiges. Nous y revoilà. C’est à n’en plus finir, décidément vertigineux.  Je liquide le stock. J’arrête. Les vertiges exposés plus haut sont bradés. Je n’en ai plus l’usage.

 

En revanche j’ai un gros arrivage de Vacuité, attention, hein, que de la qualité, 100 % vide, traité rien et ignifugé avec ça, c’est le sujet de mon blog. Je vous l’emballe comment ?

 

Kiki