Toute petite, déjà, j’ai compris que celui qui maniait la langue avec autant de dextérité qu’Indiana Jones son lasso, éprouvait moins de difficultés dans la vie que le fan de Lala des Télétubbies. J’ai vu, de mes yeux vu, un fainéant notoire à l’incompétence crasse faire basculer en sa faveur un jury professionnel par la force de son verbe et son seul brio d’orateur. Moi-même, confrontée à la même épreuve et timide tâcheronne de l’ombre, mes euh…euh…oui…je…freugne…euh ouf…n’eurent pas l’efficacité escomptée (sauf pour le quatrième juge à partir de la gauche mais il dormait).

Ceux qui savent parler nous commandent, nous enchantent, nous entraînent à leur suite (là, normalement, je place la métaphore du joueur de flûte et des rats mais bon, faites le vous-même).

Ainsi ce que nous avons lu ou entendu peut modifier le cours de nos existences. Mais le pouvoir le plus puissant n’est-il pas caché derrière les mots ? Décoder les sens cachés et les sous-entendus, voilà une belle chose. Ils sont souvent plus importants que les paroles prononcées.

Et comme le meilleur des rois divise pour mieux régner, les sous-entendus s’enrobent d’une multitude d’interprétations possibles pour créer le chaos dans les rangs des simples d’esprit comme moi.

Exemple anodin (extrait d' »Une adolescence difficile ») :

-Tu t’es coiffée ? (demande la mère)

Interprétations envisageables :

1. N’oublie pas de te coiffer, tu va être en retard, je prends soin de toi, je t’aime…etc.

2. T’as vu ta tronche ? J’ai honte, les gens vont penser qu’on se connaît parce que tu sors de ma maison et que tu m’appelles maman, je leur dirai que t’as été recueillie bébé, une bande de gitans qui passaient par là et qui t’ont échangée contre deux œufs au plat et une scarole.

3. Je suis étonnée, parce que je ne t’ai pas vue aller dans la salle de bain et tu as pourtant l’air jolie comme un Greuze !

4. Comment as-tu fait pour aller te coiffer sans que je m’en aperçoive alors que TOUT ici est sous mon contrôle exclusif et despotique ?

Et je pourrais continuer comme ça toute la nuit (mais bon, j’ai les courses à faire).

Ici, le décrypteur de sous-entendus peut, s’il est dans de bonnes dispositions, préférer les hypothèses 1 et 3, auquel cas l’harmonie familiale s’accroît. L’éventualité des réponses 2 et 4 risquent en revanche de provoquer des tensions (sous-entendu : ça va péter et pas qu’un peu). C’est dur de décoder.

Et tout à l’heure, voilà ce que je lis dans le journal :

« Arlette Laguiller aurait ses 500 promesses de signatures ». Qu’est-ce que sous-entend le « aurait » ?

1- C’est elle qui le dit mais HOU, la fieffée menteuse, elle nous roule dans la panure de merlan, tous pourris !..

2- C’est donc possible ! Incroyable, cette femme déjà candidate aux côtés de Léon Blum fait encore partie du paysage politique français. Quelle longévité !

3- Bonne nouvelle, y suffit de recompter en gros, y’en a à peu près 500 des glyphes, bon ou 499 ou 501, on va pas chipoter non plus.

4- Houlala, Alerte Rouge, Alerte Rouge ! Merci de prévenir, on va faire gaffe. Ferme les volets, Germaine. 

Je sais, cet exemple n’est pas primordial. Mais le jour où il y aura un sous-entendu grave, genre dans un discours, genre dans un programme, genre pour les élections, serais-je à la hauteur du décodage ? Non.

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Je vais faire confiance aux chroniqueurs de tous poils, journalistes, rédacteurs…Quoi ?… Eux aussi font dans le sous-entendu ??!

 

Bon, la prochaine fois j’écris un article sur les cercles vicieux… Comment ça, quel sens caché ?

 

Kiki