Demain soir, le Superbowl. Le football américain est un sport violent, mais hyper-régulé par une batterie de règles précises, une utilisation stoppable du chronomètre, plusieurs arbitres sur le terrain et le recours à des caméras.

Sans enjeu de descente ou de montée divisionnelle, les équipes entament chaque saison avec l’espoir de briller. Leur budget ne dépend donc pas des résultats sportifs, ou bien peu. On a vu plus d’une fois une équipe remporter le Superbowl après une saison minable. Les coachs sont d’une autorité bienveillante mais sourcilleuse. J’ai vu souvent des types de 2 m et 120 kg tête baissée, « savonnés » par un coach moitié moins grand et épais pour avoir commis une brutalité pénalisante pour l’équipe.

Les protections élaborées rendent les blessures moins fréquentes. Certes, les chocs sont spectaculaires et douloureux. Mais ils sont dans le jeu dès l’origine. La violence y est canalisée. D’où les fins de matchs très consensuelles. Les joueurs des deux équipes se quittent toujours en bon terme.

Dans les tribunes, une variété incroyable : familles, jeunes, vieux, noirs, hispaniques, wasp, asiatiques… Les spectateurs les plus farouches ne le sont que dans le costume et la voix. Et puis le football américain est un sport avant tout universitaire. Avant de briller dans l’une des 32 équipes pro de la NFL, les joueurs étudient et jouent. Pas de footballeur US arraché à l’école à 12 ans et balancé pour son seul talent physique dans une spirale de dingue. Certaines universités font d’ailleurs passer les résultats scolaires bien avant les matchs, et la plupart ont intérêt à bosser s’ils veulent fouler la pelouse le dimanche.

Osons maintenant la comparaison avec le soccer, le football au ballon rond. La violence n’y est pas induite, mais elle s’y est développée de façon exponentielle ces 20 dernières années.

Incertitude des arbitres, coincés par une décision à laquelle ils s’accrochent pour ne pas perdre tout crédit, mais que la vidéo ne vient jamais corroborer. Chronomètre inexorable, arrêts de jeux aléatoires. Frustration permanente des joueurs à chaque coup de sifflet contre eux. Violence non gérable devant des actes d’anti-jeu, des fautes grossières, des simulations érigées en « bon coup » par les éducateurs. Excitation des entraîneurs, de plus en plus soumis aux pressions des stars capricieuses de leur effectif et à celles de leurs dirigeants, obligés aux résultats pour poursuivre financièrement la saison. Joueurs la plupart du temps incapables de penser leur vie autrement qu’en « tapant dans la baballe », parce que tirés trop tôt de la société et placés dans un circuit de plus en plus opaque, celui de la vente et de l’achat de joueurs.

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Et le public. Le public du football. Que dire ?.. Hier soir, en Sicile, un policier en est mort. Piqûre de rappel : le football est un sport dangereux. Si les autorités italiennes, qui déjà se prononcent pour la plus grande fermeté, arrivent à sortir de ce bourbier, on sera bien inspiré de les imiter en Espagne, France, Angleterre, Portugal, Allemagne, Pays-Bas, Brésil, Argentine…

RV