Mon histoire commence y’a deux ou trois jours, un matin, à l’écoute de France Inter. Demorand et ses invités, chroniqueurs, journalistes, je ne sais pas, je ne suis pas réveillée, j’ai pas encore eu mon café, euh, ils sont en forme, ils plaisantent à propos de vente de collants pour hommes.

Bon, me dis-je (ma pensée du moment est poussée au paroxysme de la réflexion).

Mon histoire continue le lendemain soir ou le surlendemain soir (la précision dont je fais preuve est si pointue que des puissances étrangères me contactent régulièrement pour se l’approprier) où l’invitée du journal de Denisot sur Canal + fait des trucs genre présentatrice, journaliste, animatrice, est-ce que je sais, moi, j’écoute à moitié, et de toute façon tout le monde s’en fout puisque que les chroniqueurs/ animateurs/ journalistes n’ont qu’une info à faire passer : elle est belle, l’invitée.

Ah, continué-je (un neurone parmi les miens lance une de ses pattes extensibles vers un autre neurone, en langage scientifique, j’exécute adroitement une connexion neuronale).

Et mon histoire se poursuit sur le site du Monde où je parcours le compte-rendu d’un chat’ : « Est-on prêt à donner le pouvoir aux femmes ? ». Les interventions de Françoise Héritier m’encourage à croire que nous fûmes soeurs de lait séparées à la naissance. Françoise, passe à la maison quand tu veux.

Dans un élan joyeux, libérateur et indicible (car silencieux) mes neurones se donnent alors la main et entament une sarabande effrénée dans l’hémisphère gauche de mon crâne, chose qui me semble supportable puisque j’ai bu plein de cafés à ce moment précis de l’aventure.

Et je regarde mon calendrier : février 2007. Oui, 2007. Les Sumériens, les Mérovingiens, le droit de vote et le pistolet à colle sont passés par là. Oui. Un vache de temps, une vache d’eau sous les ponts depuis le début du commencement, et pourtant.

Un mec pas trop con (Demorand, avant, il était à France Culture, pas Aux Trois Sapeurs) se marre gentiment à l’idée d’un homme en collants. Ha ha. Un homme avec des noeuds dans les cheveux. Ha. Un homme avec une jupe Jean Paul Gaultier. Ha ha.

L’idée qu’une femme très belle (c’est vrai qu’elle était très belle Geneviève/Nicole/Caroline ou je ne sais plus qui) puisse parler. Oh. Elle est belle (k’est-cek’elle a dit ?). De toute façon, hein, on sait ce que c’est, son boulot qu’elle a, hein, à la télé, c’est parce qu’elle est belle, alors (elle a dit des trucs, mais c’est mieux de la regarder, j’ai oublié de préciser qu’elle est belle).

La bonne question du chat’ du Monde, oui, la bonne question, pas « Est-on prêt à donner le pouvoir aux pistolets à colle ? », non. Ni « Est-on prêt à donner le pouvoir au salami en tranches ? », non, la bonne question.

Mes neurones (les six du milieu) me disent : où est donc passé « Le Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir ? Trop daté ? Trop féministe ? Trop extrémiste ? (Zut, je pose quatre questions à la suite sans répondre, je ne reviendrai pas en finale) Je ne sais pas où est passé ce livre. Disparu. Evaporé. Pschtt. A pu.

En même temps un truc écrit en 1949, pas étonnant qu’il soit moisi au fond d’un grenier avec les cartes postales des grands-parents à l’île d’Oléron. Qu’est-ce qu’on en ferait de nos jours ? J’ai le vague souvenir de l’auteur pointant du doigt certains détails, comme le rose obligatoire pour les filles et le bleu pour les garçons, et les jouets-cadeaux utilitaires… C’est vrai qu’avec un coup d’oeil rapide sur les catalogues de Noël passé, très vite les différences apparaissent. Les pages réservées aux filles avec l’aspirateur et la trousse à maquillage sont fuchsia et non plus roses.

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« Qui va garder les enfants ? » Derrière cette question (oui, là, juste derrière, faut soulever le coin), il y a aussi une idée vacharde pour tous, vacharde pour les femmes cantonnées aux marmots et vacharde pour les hommes, parce qu’un homme qui garde les enfants n’est qu’un sous-homme. Autant qu’il mette un tablier en dentelle, ha ha. Et des collants assortis, ha ha. Et sa greluche irait bosser en pantalon, ha. Avez-vous par ailleurs noté qu’il n’existe pas de sous-femme ? Elles sont déjà au dernier niveau, faut croire…

Mon histoire se termine là. Pas de fin, pas de morale. Quoique, si quelqu’un insiste, je peux en mettre une rapidement. Et le corbeau jura, honteux et…non…vous dansiez, j’en suis fort…non, plus…tant va la cruche…Non, je sais : la Femme est un être humain, et l’Homme aussi.

Kiki