Vous êtes là ?

Très bien. Parce que j’ai un paquet et je sais pas où le poser.

(brutalement, je visualise une petite communauté de blogueurs en costumes -cf. la Communauté de l’Anneau- se refilant mon paquet façon patate chaude à la manière d’un ballon de rugby, et hop !)

Le plus désarmant pour moi, c’est que je ne savais pas que j’allais avoir un paquet avant de l’avoir. C’est fou comme le concept Espace Temps s’invite d’autorité dans mon quotidien.

Avant, donc, je musardais à la recherche d’actualités actuelles et neuves (« Dominique de Villepin critique le programme de Ségolène Royal« . ah, tu m’en diras tant, incroyable, inattendu, surprenant, sur le c. je suis) Et je tombe sur ça : »Urinoir de Duchamp dégradé : la cour d’appel laisse pisser« . Ah, quel titre, coquins de journalistes… Mais bigre. J’y apprends qu’un vilain monsieur a ébréché l’urinoir en question à coups de marteau… Sans doute un pudibond choqué, pfft, rétrograde, va ! Pas bien du tout, ça. Pendez-le.

Ah, non : dans l’article, il est dit « turbulent » « performeur » « fantasque » et « réactionnaire ». Tout ça, c’est lui, Pierre Pinoncelli, le contrevenant. D’accord, c’est donc un fou. Enfermez-le ! (je suis d’une humeur de chien aujourd’hui). Forte d’un sentiment mitigé réprobation/pitié et par l’odeur alléchée, je tente d’en apprendre plus ici .

Ben, oups, me dis-je devant la citation du Pinoncelli en question : « L’esprit dada, revendique-t-il, c’est l’irrespect […] C’était un clin d’oeil au dadaïsme, j’ai voulu rendre hommage à l’esprit dada ». C’est un Artiste, alors. Je ne le connaissais pas car je suis inculte comme une pierre à ciseaux. Il a peint André Malraux (vivant) en rouge. Le fait qu’il veuille repasser ses chemises sur un Rembrandt montre une révolte (et aussi qu’il fait son p’tit ménage lui-même), c’est respectable, ça. Et puis, ce jusqu’auboutisme courageux (sans parler du petit doigt qu’il se tranche pour Ingrid Betancourt), quel drôle de bonhomme, d’une droiture honnête non bien-pensante en forme de pied de nez. Et puis , je lis ce qu’il écrit en 1998. J’aime bien (surtout le yeah).

Ah, ben, c’est pratique, tiens. On est là, tranquille, à ranger ses plantes vertes par ordre croissant, on n’embête personne, on prend son équerre en silence pour vérifier l’alignement de la pendule avec la frise du papier peint, bref, on est une personne responsable, or-ga-ni-sée et pacifique et Pierre Pinoncelli déboule dans le salon en chantant si j’avais un marteau et en pissant dans un urinoir classé monument historique. Qu’est-ce que j’en fais, moi, maintenant ? Un simple olibrius, un fou, un artiste, un résistant ?

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Dans quel tiroir on range un truc comme ça ? Bon, je vous file le paquet, débrouillez-vous, vous m’avez l’air sensé(e)s et cultivé(e)s et ……….. (prenez plusieurs autres adjectifs qualificatifs positifs dans le stock, j’ai enlevé « salé » et « colossal » pour pas faire désordre).

PS : C’est quand même tout le charme de la vie d’avoir des trucs impossibles à ranger dans les tiroirs (cette métaphore a été réalisée sans trucage).

Kiki