Et si l’orgueil disparaissait ?

Et si reconnaître une erreur devenait monnaie courante ?

Parce que j’ai bien essayé de trouver parmi mes contemporains (enfin, les contemporains que j’entends s’exprimer, hein, j’ai pas une conscience infinie et universelle des choses comme Dieu, lui, il l’a, mais il est très obscur quand je lui en parle, limite taciturne, alors pour avoir son avis c’est toute une épopée, et moi j’ai pas le temps, j’ai une vie quand même, enfin passons), donc parmi mes contemporains que j’ai visible à l’oreille, j’ai du mal à en trouver un qui admette s’être trompé en affirmant que…, qui dise « j’ai changé d’avis sur ce sujet », ou qui s’explique « avant je croyais que…, j’avais tort ».

L’erreur avouée est avouée (genre sous la torture) et si elle est admise par celui qui l’admet, c’est avec un rictus crispé et la ferme intention de parler d’autre chose, d’un sujet où l’on avait raison de préférence, histoire de noyer le poisson, oh, là-bas, vous avez vu comme il est énorme ce lapin ?

Ainsi, au cours d’une conversation (surtout politique) où deux personnes civilisées font valoir leurs points de vue divergents, les arguments virent vite en boulettes de pain à la cantine. La joute verbale fait disparaître le sens. Le vainqueur a le dernier mot et l’orgueil intact, ce qui lui permet de continuer sa petite entreprise. Le problème à l’origine du débat n’a plus qu’à aller se rhabiller et peut s’éloigner les mains dans les poches en maugréant que personne n’en a rien à battre dans l’indifférence la plus complète.

L’harmonie, le progrès, l’échange et la résolution des problèmes passent après l’orgueil.

D’ailleurs, à quoi bon signaler qu’on s’est trompé puisque cela équivaut dans l’état actuel des choses, à accepter d’être un gros naze, une tare, un perdant, un sous-rien qui devrait la fermer et retourner dans son carton. Autant garder la bonne opinion qu’on a de soi et la faire reluire à la cire d’abeille, quitte à affirmer violemment des thèses parfois claudicantes. Les spectateurs potentiels seront impressionnés par le lyrisme, l’envol, le « à la fin de l’envoi je touche », et l’orgueil enfin se rengorgera en gonflant toutes les plumes de son cou comme la poule Roussette devant sa progéniture.

Eh bien, tout ça, je trouve que c’est bien dommage.

Ai-je tort ?

(le premier qui dit oui a intérêt à détaler)

Parce qu’en général, il me semble qu’on apprend bien plus de ses erreurs que de ses réussites.

A part ça, y’a un mec, enfin, je vous le copie parce que j’explique comme un pied :

Vivre dans un tonneau, tel Diogène : c’est ce que s’apprête à faire un philosophe néerlandais. Eric Hoekstra, linguiste et traducteur de Nietzche, élira domicile dans un tonneau à vin lors du mois de la philosophie aux Pays-Bas. Importé spécialement de Hongrie, le récipient mesure deux mètres sur deux. Il sera installé dans la librairie Van der Velde, à Leeuwarden, en Frise. Eric Hoekstra y prendra ses quartiers du 30 mars au 7 avril, essentiellement “pour faire de la pub” à Diogène. Le philosophe grec, on s’en souvient, voulait démontrer que le bonheur ne dépend pas des biens matériels. Hoekstra quittera sa résidence de temps à autre pour répondre à l’appel de la nature, précise Het Belang van Limburg.

Ben, c’est pas lui qui va s’engager dans des arguties stériles. Pas de « Et toc ! » à la fin d’une envolée lyrique pour mieux humilier un interlocuteur. En prime, des kyrielles de promeneurs narquois qui chuchotent, comme au zoo ils se marrent, devant les fesses rouges des babouins. Orgueil au pilon.

-Alors Eric ? Bientôt les vacances ? Tu vas quelque part ?

-Euh, oui, dans un tonneau.

(Ce dialogue hyperréaliste n’est pas rapporté ici en version originale cause que je parle pas néerlandais).

Cependant, dans cet entrefilet de l’EXCELLENT Courrier International (d’après le témoignage d’un certain RV qui préfère garder l’anonymat…) d’aujourd’hui, une erreur non avouée me saute vigoureusement à l’oeil. Ah, comme j’aimerais que le journaliste de Het Belang van Limburg, en homme grandi car dépourvu d’orgueil, la reconnaisse publiquement. Mais, en attendant son coup de fil, je préfère rectifier sur le champ :

Les philosophes ne répondent pas à l’appel de la nature. Ils font pipi (et des fois, pendant, ils pensent).

 

Kiki (« My kingdom for a barrel« )

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Pour une fois, nous ne sommes pas les auteurs de l’image d’aujourd’hui : http://world.lib.ru/img/a/azow_m_j/diogen/1782.jpg

C’est tout en cyrillique, j’ai rien compris mais avec une illustration aussi parfaite pour ce billet de Kiki, impossible de la manquer. RV