Le matin, je me réveille avec la radio (même que l’appareil qui sert à ça s’appelle un radio-réveil contrairement à l’autoradio qui lui, bon, bref). C’est d’ailleurs drolatique, parce que si j’ai du mal à émerger (si et seulement si, hein, c’est rare, que cinq fois par semaine), mes rêves se mélangent avec les voix qui voguent à travers les ondes et du coup j’emmène Nicolas Demorand à la fête foraine, ou c’est Patricia Martin qui me cherche en Ecosse derrière un baril.

Ce matin donc, rubrique Voyage (ça tombe bien, j’ai rien de prévu). L’Inde. Un mec, rémunéré, pas un amateur, un pro, raconte comme c’est spectaculaire. Les femmes portent des saris et les hommes des turbans.

Mes oreilles s’écarquillent. Comment ? Pas de doudoune ? Pas de couvre-chef en peau de phoque ? Pas de harpon pour les baleines ? Diantre.

Les Indiens sont nombreux. Fichtre, ça doit faire beaucoup de plumes.
Et ce monsieur, un poète finalement, d’évoquer ces rues qui s’entrechoquent de vélos bigarrés, de motos anciennes, de charrettes à bras, de vaches et de peuple misérable. C’est très spectaculaire, conclut-il. Certes.

Spectaculaire est le mot juste. On pouvait aussi dire prodigieux, singulier, fabuleux, surprenant, mais fallait pas oublier son dictionnaire des synonymes et c’est lourd à trimbaler, ça déforme les poches de parka.

Comme c’est bon de se réveiller dans un monde où la misère est spectaculaire et où l’on peut recevoir un salaire en le disant, n’est-il pas ?

Approchez, approchez, ils sont frais, mes pauvres, ils sont verts ! Celui-là, à qui il manque une jambe, cueilli du jour ! Et cet autre, avec ses lambeaux entièrement naturels ! Directement du producteur au consommateur, approchez ! Venez tâter, c’est du bon ! De la malnutrition de qualité, Monsieur ! Des dents qui se déchaussent faites à la main, que du travail artisanal !

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Bien dormi ? Oh, ben oui. Je me demande si je ne devrais pas essayer l’eau froide pour me réveiller le matin. Un bon baquet fixé au-dessus de la tête de lit, une ficelle pour l’incliner…Si vous avez une fiche technique en stock pour m’aider dans la fabrication de l’ouvrage, n’hésitez pas. Je vais chercher de mon côté dans « Maison Bricolage et Décoration ». Faudra que je mette ça au point avant samedi prochain, avant d’affronter le lyrisme de Calcutta et la poésie haïtienne.

Sinon, à la place du baquet, on peut aussi faire des trucs comme ça.

Kiki