J’aurais beaucoup de difficultés à parler de Claude Ponti . L’homme est secret. Impossible de savoir où il passe ses vacances, ni s’il préfère le pâté en croûte au saucisson à l’ail.

J’ai lu de lui un roman « Les Pieds-Bleus  » qui, pour peu qu’on lui prête un brin d’autobiographie, évoque une enfance construite malgré et par-dessus toutes sortes de violences, les évidentes, les passives et les lâches.

Disserter à propos de quelqu’un que je ne connais pas est peu confortable (mauvais pour mon ego). Je préfère vous parler de ce que je sais du génie de Claude Ponti : ses albums pour enfants (parus à l’Ecole des Loisirs). Outre qu’ils sont tous bons, certains d’entre eux sont plus que bons, le mot meilleurs pourrait convenir mais je sens bien qu’il n’est pas à la hauteur et comme manquer de vocabulaire nuit gravement à la communication entre humains.

Mon préféré, c’est Le Tournemire .

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Prenez cinq minutes dans une librairie de votre choix (pas une boulangerie ni une charcuterie ou tout lieu cruellement privé de littérature) et trouvez vous un exemplaire de l’album en question. Essayez de faire abstraction des bruits environnants, des piaillements (vous êtes au rayon Enfants) des parents, des odeurs suspectes et fluctuantes difficilement identifiables.

Ou mieux, procurez-vous l’album (achat, emprunt, vol qualifié) et lisez-le à voix haute, bien au chaud, bien au calme, à un enfant.

Je suis considérablement infoutue d’expliquer sur quoi, dans quoi les mots et les illustrations de Claude Ponti farfouillent, sûrement dans des replis profonds ou inconnus, dans des cellules de notre corps qu’on croyait mortes, dans des zones du cerveau jamais colorées au scanner. L’histoire du Tournemire est belle, dangereuse, onirique, comique, effrayante, incompréhensible, simple, rassurante, émouvante et efficace. C’est comme ça.

Je ne me risquerai pas à interpréter les symboles que l’auteur anime. Je n’en ai pas les capacités intellectuelles, et je pourrais en m’aventurant dans cet exercice, y perdre mon français (pas le latin que je n’ai jamais possédé).

Si par hasard donc, vous lisez à voix haute Le Tournemire à un enfant, faites-moi profiter de l’expérience. Si vous êtes très futés, ce dont je ne doute pas, vous pourrez peut-être m’expliquer pourquoi, à chaque fois que j’ai lu la dernière phrase de la dernière page

« Mais de temps en temps, et seulement quand ils en ont envie, Azilise sème des fleurs et Mose devient léger. »

j’ai senti dans mes bras un changement de température, et dans ma voix un sanglot sans larme qui la cassait.

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Kiki