L’avis des gens, du grand public, de l’opinion, du peuple, des téléspectateurs, des auditeurs, de M. et Mme Toutlemonde, bref l’avis des Français (ce mot est devenu synonyme de « vrais gens », laquelle expression signifie « les gens du peuple », autrement dit les gens qui font des trucs de gens normaux et que les puissants, les artistes du show-biz et autres intellectuels ne voient ni ne comprennent, parce qu’eux ne font rien de normal…) est, depuis en gros l’échec du référendum sur le projet de Constitution européenne de 2005, l’objet de toutes les interrogations et de toutes les initiatives médiatiques.

Ce drôle de peuple français qu’on n’a pas vu venir en 2002 (Le Pen au 2e tour) ni en 2005 (victoire du « non » au référendum précité), on se la tape en session de rattrapage à tous les repas.

Sur les rangs, TF1, avec son émission fourre-tout J’ai une question à vous poser, qui, sous prétexte de donner la parole aux fameux « vrais gens’, grossit des micro-événements et tire la politique vers le pathos.

Sur les rangs aussi, France Inter, encore secoué par les critiques très violentes qui avaient visé la plupart de ses éditorialistes, engagés très avant pour le (toujours susnommé) référendum. La radio de service public a inauguré depuis quelques temps un jeu sans fin, une sorte de tourbillon mêlant auto-flagellation, autosatisfaction, engueulade des auditeurs, engueulade des journalistes et, in fine, médiateur intervenant et concluant : « les journalistes de France Inter font leur travail honnêtement, ils ne sont pas exempts de subjectivité, ils sont humains, mais laissons les faire leur travail ».

Tout ça pour ça. C’est comme ces camemberts, quand j’étais petit j’adorais essayer de prendre en défaut leur logique abyssale (je ne suis jamais parvenu à trouver une erreur) : un moine qui tient un camembert dont l’étiquette est illustrée par un moine, lui-même, qui tient un camembert dont…

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Mais à quoi bon ? Les ordinateurs de toutes les radios et chaînes de télévision sont remplis de courriels accusant les rédactions de maux inverses, trop à gauche, trop à droite, et sans doute, Bayroumania oblige, trop au centre… A part pour Europe 1 et TF1, qui ont maintes fois donné des gages de droiture, tous ces medias abritent des journalistes dont la sensibilité navigue entre le PS et l’UMP, c’est entendu. Et alors ? La belle affaire, lorsqu’un vieux facho engueule Mermet sur son répondeur ! La même belle affaire, lorsqu’un gauchiste s’étrangle au téléphone contre Jean-Marc Sylvestre ! Ce qui importe est de garder vigilant son esprit critique et de diversifier ses sources, non ?

Autre remarque sur le même thème, l’information : on la croirait toujours sortie du néant, mais toujours justifiée avec évidence. La multi-casquette Isabelle Giordano (je me demande encore pourquoi elle ne présente pas le « Dessous des Cartes » et « Star Academy », pendant qu’elle y est…) répondait cela, hier matin, à un auditeur : « Mais c’est l’information, on n’y peut rien ! ».

Et ben si, on y peut. Lorsque la défaite de l’Olympique Lyonnais en Ligue des champions est évoquée pendant 10 minutes, tandis que les dernières 150 morts violentes en Irak tiennent 14 secondes, c’est un choix éditorial. Ce n’est pas l »information ». Je suis donc tout à fait d’accord avec le médiateur de France Inter : ce sont les journalistes qui font l’information. Pas l’inverse. Sacrée responsabilité.

RV

PS : à droite, en rectangle vert, illustration musicale de Beck (vous savez, I’m A Looser baby…) : The Information.

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