J’étais entre deux, mais là, c’est sûr, y’a des lectures qui font réfléchir.

Visite guidée à Ségoland

C’est un sous-titre dans le dossier « Tout le mal qu’ils pensent de Sarkozy et de Ségolène (sans oublier Bayrou) » du Courrier International qui est arrivé aujourd’hui dans ma boîte aux lettres (il doit être récent, où alors le facteur l’échange avec un vieux ? Mais pourquoi ? Un complot contre moi ? Mais qu’ai-je fait ? Je suis paranoïaque ? Voulez-vous bien cesser de me faire peur avec vos suppositions ?)

J’ai lu l’article de David Rennie (The Spectator, Londres). Je l’ai lu parce qu’il l’a écrit, hein, je l’ai pas forcé à parler non plus, je veux dire, c’est lui qui a commencé. En le lisant, j’avais plein de choses à commenter, alors, plutôt que de faire un gros pâté avec ce qu’il dit, suivi d’un gros pâté avec ce que ça m’évoque, j’ai préféré commenter fonction nage synchronisé, lui, moi, nous.

Je suis désolée à l’avance de la longueur de cette prose à deux voix qui tourne à Guerre et Paix, je le ferai plus. Ce qui doit rester présent dans vos esprits, c’est que je ne PEUX PAS m’empêcher d’écrire ce billet (mais j’ai pas essayé l’alcool fort).

Donc, David Rennie en bleu, Kiki en noir ( et Casimir en orange, c’est un fait établi).

« Si vous voulez vérifier une fois de plus à quel point la France est agaçante, allez donc visiter Melle, le fief politique de Ségolène Royal. A priori, ce petit bourg de 4 5000 habitants situé entre Poitiers et La Rochelle devrait végéter. Le chômage y atteint 12 %, un chiffre qui n’a pas varié depuis des années. Une seule usine domine l’économie locale et elle n’offre que 350 emplois. Aucune grande entreprise privée n’a pu être attirée dans les environs au cours des vingt dernières années (mais qu’est-ce qu’elle fout, Ségo, pourquoi y’a pas Vuitton ou Kellogg’s à Melle ? Y pourraient faire port de pêche, comme Marseille, ou station de ski, comme Megève, enfin bon). Mais elle n’en est pas moins en excellent état (ah ça c’est bizarre, malsain, hou, je sens l’embrouille), grâce à un flot de deniers publics (un flot ? mais pourquoi ne vivent-ils pas en Autarcie, ces gens) qui permet à la bourgade d’héberger ses services administratifs dans des hôtels particuliers (j’te foutrais tout ça dans des baraquements, moi, des préfabriqués, oui, non mais !).

On y trouve un marché couvert, une église du XIe siècle (ça coopte sec ! D’où a-t-elle été importée, hein, l’église ? Et la laïcité, hein ?) et un kiosque à musique en fer forgé tout droit sorti d’un livre d’images pour enfants (répugnant). De nombreux panneaux municipaux pointent vers d’autres bâtiments publics : une médiathèque, un ou deux musées, un complexe sportif, un institut médico-éducatif [établissement scolaire pour enfants handicapés], et j’en passe (une honte, rien que des trucs débiles qui servent à rien. Pas de boulangerie ? Pas de pizzeria ? Pfft.). Plus bas, dans la rue, on trouve une Maison de l’autisme pour adultes (qu’est-ce qu’on en a à péter, hein, est-ce ça vote d’abord un autiste adulte ?), construite au cours de l’un des trois brefs (‘core heureux) passages de Mme Royal au gouvernement [notamment en tant que ministre déléguée à la Famille de Lionel Jospin]. Le centre névralgique de toutes ces dépenses est une ravissante maison de ferme à volets bleus, couverte de glycine, à deux pas de la place du marché. Vérification faite, il s’agit du bureau de députée [des Deux-Sèvres] de Ségolène Royal (Là, c’est trop. Deux tréteaux et une planche sur un trottoir seraient largement suffisants. Qui paye pour cette glycine, hein !?).

Melle est un exemple scandaleux de favoritisme et de dépenses électoralistes qui devrait faire honte à la France entière (hou que j’ai honte qu’il y ai un coin sympa). Mais c’est aussi un endroit charmant, où l’on aimerait bien posséder une maison (ouais mais honteusement). Je le répète, la France est agaçante à cet égard. Les gens du cru paraissent conscients de leurs privilèges (et vas-y, espèce de Melliste avec ta perruque poudrée et tes laquais, tes chaises à porteurs et tes rubans de soie, va): Mme Royal a conservé son siège aux dernières législatives avec 56 % des voix. Le fleuriste local, Jacquy Marbœuf, explique le secret électoral de “Ségo”. “Elle a toujours été un lien entre Paris et nous, elle se bat pour obtenir des subventions, fait-il remarquer. Quand nous organisons un marché de Noël ou un événement culturel, nous lui demandons de l’argent et elle accepte. Il s’agit de petites sommes, de quelques centaines d’euros, pour que les villageois soient ensemble.” (Des sous ? Quelques centaines d’euros ? C’est-y pas une pratique mafieuse, ça ?)

On ne peut pas rester longtemps à Ségoland sans que quelqu’un parle de fromage, et plus précisément du chabichou, un fromage de chèvre savoureux qui se languissait dans l’obscurité jusqu’à ce que Mme Royal soit devenue députée (un fromage qui se languit sent parfois un peu fort, même dans l’obscurité). Utilisant les compétences et les contacts acquis pendant six ans auprès de François Mitterrand, elle a obtenu la création de l’AOC Chabichou du Poitou en moins de deux ans, soit un cinquième du délai habituel (c’est proprement scandaleux qu’un truc lent soit rapide). Elle a fondé et financé un rendez-vous annuel, le Festival du chabichou, puis créé un itinéraire découverte pour les touristes et les gastronomes, la Route du chabichou (et si t’aime pas le chabichou, les RG enquêtent sur toi, t’es fiché, tests ADN et tout, et t’es violemment mis dans un charter pour retourner dans ton fromage d’origine, des méthodes comme celle-là, ça se dénonce, merci David). Enfin, autres titres de gloire locaux, elle a soutenu une race bovine rare et obtenu la modification du tracé d’une autoroute, après avoir convaincu Mitterrand de visiter le Marais poitevin, que l’autoroute devait traverser (Quoi ?! Mort aux Vaches moi j’dis. Que les vaches rares, elles crèvent toutes. Je suis contre les vaches rares. Et que les autoroutes elles traversent la France dans tout les sens, façon barbelés, non mais).

Les campagnes en faveur des fromages et des vaches peuvent paraître futiles – Ségo ressemble parfois moins à une socialiste moderne qu’à l’épouse infatigable d’un aristocrate ou d’un colon (là, je peux pas commenter, j’y connais rien en épouse de colon)–, mais elles sont à la base de la conception royaliste de l’action politique. Ce n’est pas qu’une affaire de dépenses (même si, pendant ses deux années au pouvoir, elle a augmenté les impôts locaux de 14,3 %) (OH LA OH LA OH LA : soyons clairs, payer plus d’impôt pour financer une médiathèque, un ou deux musées, un complexe sportif, un institut médico-éducatif et une Maison de l’autisme pour adultes, c’est débile, archi-nul, ça profite à qui, hein ? c’est bien des idées de Gauche, tiens): elle prône surtout de petits projets publics à forte visibilité, qui bénéficient à des groupes d’électeurs bien ciblés (c’est très clair, merci David de mettre le doigt dessus, elle veut les voix de ceux qui écoutent de la musique, de ceux qui empruntent des livres, de ceux qui vont au Musée –les salauds- de ceux qui font du sport et de ceux qui ont des malades dans leur famille. Ces gens forment un lobby, et elle les encourage. C’est une pratique affligeante et ça en dit long sur le niveau de la politique actuelle). “Un euro dépensé doit être un euro utile” : tel est son slogan favori. Sa stratégie a démarré il y a deux ans, quand elle a été élue à la présidence de la Région Poitou-Charentes. Les Régions françaises n’ont pas énormément de pouvoir, mais Ségo a fait jouer au maximum les leviers dont elle disposait pour créer un “Etat nounou”, où aucun détail n’est trop petit pour échapper à son attention. L’environnement est un souci permanent pour Mme Royal, et les 1,7 million de citoyens de la Région reçoivent des subventions pour acheter des systèmes de collecte de l’eau de pluie (mais où va-t-on, et cette Ségolène avec que des idées à la noix qui pourrissent même la vie de l’eau de pluie, c’est fou, non ? pis l’environnement, l’environnement, on en fait tout un plat, mais moi ça va, y’a pas d’fumée dans ma rue, alors, bon, faut arrêter de dramatiser un peu). Les candidats doivent remplir un formulaire à adresser directement à Mme Royal, au cas où ils auraient oublié la source de ces largesses (largesses ? pots de vin serait plus juste ! Enfin pots d’eau. Pots d’eau de pluie. Enfin, c’est scandaleau, euh scandaleux) Ses propres adjoints se plaignent de son style glacial, autoritaire, derrière ses sourires éclatants et le glamour de ses jupes courtes (saleté de bonne femme, en jupe courte en plus, salope). Un ancien responsable d’une section locale du Parti socialiste note qu’elle permet aux autres de l’embrasser pour la saluer, mais, dit-il, “Ségolène ne fait pas la bise” » ça c’est le détail de trop, Pouce, je ne peux en supporter d’avantage, je suis hors de mes gonds, j’enrage, c’est I NA CCEP TABLE. Cette candidate est DANGEREUSE, j’en suis à présent convaincue.

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Merci David Rennie de m’avoir ouvert les yeux.

J’ai donc décidé de voter utile.

Je vais me tourner vers des candidats francs et honnêtes. Je n’en vois que deux (dans les utiles) susceptibles de l’être :

1-Sarkozy et ses amis lepenistes.

2-Bayrou qui joue aux courses et au poker comme personne.

Et puis après je me pends.

Kiki