Dans la vie y’a des trucs pas engageants. Par exemple un kiwi.

Pas le charmant oiseau qui ressemble à un porc-épic à l’envers, non, le fruit. Punaise, le premier qui a pensé « Tiens, je vais goûter l’intérieur de cet oblong produit de dame nature qui fait penser à un embryon de Yéti ! », je le salue bien bas. En plus, à l’intérieur, vous n’êtes pas sans avoir remarqué, joyeux compagnons, c’est vert. Vert comme sur la planète GrFtYzk. Un vert de post-apocalypse, un vert de gazon nucléaire, un truc pas ragoûtant quoi… Et pourtant c’est bien bon. Enfin quand c’est pas mûr c’est pas évident vu que la couleur est la même que quand c’est mûr, et quand c’est trop mûr c’est pas beaucoup mieux, sauf que quand même c’est un peu noir… d’où la couleur des maillots de l’équipe de Nouvelle-Zélande, pays phare du kiwi (bestiau + fruit).

Dans la vie y’a des trucs pas engageants. Par exemple TF1. Et pourtant… Non, et pourtant rien, c’est jamais engageant.

Dans la vie y’a des trucs pas engageants. Par exemple la Route des Flandres, de Claude Simon, Editions de Minuit. La première fois que tu lis ce livre tu fais intérieurement, d’où la parenthèse (Heu… ah ben ben j’avais pas va ça comme çu… Où qu’il est le verbe, le sujet et le truc là c’est quoi ?).

Quelques temps passent, puis l’orgueil du lecteur qui se dit Scrogneugneu je suis pas plus crétzouille qu’un autre faut que j’m’y remette, et en plus entretemps j’ai lu que Claude Simon était Nobel de littérature 1985, alors bon ça doit pas être un manche non plus.

Je vous passe les tentatives répétées, jusqu’au moment où, après deux pages lues avec une fluidité parfaite, on se dit « merdalore, c’est un sacré écrivain M. Simon. »

Je ne sais pas si j’ai le droit de faire ça mais je vais ici citer l’incipit de la Route des FlandresIl tenait une lettre à la main, il leva les yeux me regarda puis de nouveau la lettre puis de nouveau moi, derrière lui je pouvais voir aller et venir passer les taches rouges acajou ocres des chevaux qu’on menait à l’abreuvoir, la boue était si profonde qu’on enfonçait dedans jusqu’aux chevilles mais je me rappelle que pendant la nuit il avait brusquement gelé et Wack entra dans la chambre en portant le café disant Les chiens ont mangé la boue …»

claude-simon.1176741405.jpgOui bon, ce billet est pourri, je sais. Mais ça faisait longtemps que me planquais derrière Kiki pour regarder ce blog vivre sa vie. Alors je me suis trouvé un bon prétexte, des kiwis dans le saladier sur ma gauche, la Route des Flandres qui dépasse de l’étagère à ma droite, ma présence devant l’ordinateur au milieu, et voilà le résultat. Soyez indulgents.

Et surtout, surtout, essayez de lire Claude Simon.

RV