Oui, comment font-ils ?

Comment font-ils pour mettre le dentifrice dans des tubes ? Comment font-ils pour fabriquer des trombones ? Ces questions existentielles, c’est Marcel Gotlib qui se les posa, et pas qu’un peu. Troublée dés mon plus jeune âge par cette lecture, et ne réussissant pas à trouver les réponses, c’est un point d’interrogation géant qui me sert de tête.

Du coup, je suis perplexe (on pourrait dire aussi que je suis française, brune ou enrhumée, mais non je suis juste perplexe).

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Comment font-ils pour être aussi intelligents les gens intelligents ?

Par exemple, prenez Jacques Marseille (et gardez-le, hein, je n’en ai pas l’usage, c’est de bon coeur, je vous assure). Ce monsieur (que le respect m’inonde) est pourvu d’un gros cerveau. Enfin, plus gros que le mien. Je vais peut-être vous décevoir mais je ne suis pas « Professeur à l’Université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, où je dirige la chaire d’histoire économique et sociale » (et c’est mieux comme ça car je risquerais d’illustrer mes cours avec une coccinelle expansive, ce qui ne constitue pas un apport judicieux pour la jeunesse de ce pays).

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Grâce à lui, je comprends tout à la politique. Je dis bien TOUT. Je l’écoute à la télévision hier, et la lumière se fait, il parle, il explique (et sans lire ses notes, hein, au débotté, comme ça, hop) que « Toutes les avancées sociales en France se sont faites sous des gouvernements de droite ». L’idée, c’est que quand un gouvernement de droite est aux commandes, la première chose qu’il fait c’est proposer des avancées sociales. Il s’assoit même pas, il enlève même pas son manteau, directement il sort de sa mallette les congés payés sans qu’on les lui demande.

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Du coup c’est très déstabilisant et les sympathisants de la gauche passent leur temps à agiter les mains en faisant « Non, non, arrêtez de nous donner des trucs super, on sait pas comment vous remercier, c’est trop, ça va se voir, prenez au moins un peu de trucs supers pour vous sinon c’est pas équitable ».

Et puis, pour le droit de grève, il est très net. Il dit en gros que le droit de grève fait chier Maurice qui devait prendre le train. Fou, non ? Comme quoi, être « Professeur à l’Université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, où on dirige la chaire d’histoire économique et sociale » c’est pas du pipo (c’est pas comme râler au Bar des Trois Amis un dimanche matin avec Dudule). C’est bien l’indice d’un raisonnement poussé, pointu et supérieur. Il faut revoir cette notion de grève, hein. La grève, c’est aléatoire, imprévisible, brutal, inattendu, ça arrive comme ça, sans aucune raison, d’un seul coup, une poussée hormonale en fait, alors bon, il faut être clair, amputation, terminé le droit de grève, a pu, et hop.

Et pour les réformes, j’ai tout compris ce que dit Jacques Marseille comme d’autres (Robert Bordeaux, Francis Limoges, Gaétan Maubeuge…) : notre pays est très conservateur. Il ne veut pas de réforme. Quand on lui en propose une, il dit « Non merci, je suis très bien comme ça ». Et cette réponse peu amène n’a rien à voir avec la qualité de la réforme en elle-même.

Pour mieux comprendre ce concept, je me suis tournée vers la métaphore (justement, elle était là, et elle brillait en tournant, ah non, ça c’est un phare, bon, c’était une métaphare ). J’ai transposé dans la vraie vie : Monsieur Z (qui préfère garder l’anonymat) entre dans un restaurant. Il constate qu’au menu il n’y a que de la

Mygale de Norvège sur son lit d’oeufs de moucherons séchés flambés au gingembre.

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Il dit : »Non merci ».

Et bien, c’est bien la preuve qu’il ne VEUT PAS manger DU TOUT. Ah, le salopiot, qu’il crève de faim, l’andouille. Alors que Jacques Marseille, comme d’autres, font, eux, tout ce qu’ils peuvent pour que les trains passent et que les mygales soient cuites al dente, lui, Monsieur Z nous joue l’anorexique de service… »Faites du bien aux vilains, ils vous chient dans la main » (proverbe familial, tout droits réservés).

Hier aussi, la diabolisation me fut expliquée par Jacques Marseille (Professeur à l’Université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, où il dirige la chaire d’histoire économique et sociale, alors pardon, hein, c’est pas chef du karaoké son boulot). La diabolisation, c’est n’importe quoi. Et ça fait peur. Quand on pense que ça arrive à n’importe qui, n’importe comment… (un peu comme les grèves et la scarlatine).Tu te promènes en admirant un papillon dans la campagne, boum, t’es diabolisé. On raconte même qu’une dame très bien qui n’avait d’autre tort que de préparer un feuilleté au fromage à ses proches a été diabolisée d’un coup sec et sans sommation.

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C’est très pervers. Il faut être très très attentif. Et c’est une pratique qui marche dans les deux sens. On peut en être les victimes aussi bien que les acteurs. Alors, je dis : ne diabolise pas autrui comme tu voudras pas qu’on te diabolisera toi (je sais, cette phrase n’est pas correcte, je vais la gronder). Non, il ne faut pas diaboliser le facteur le matin… On rigole, on rigole, mais c’est vite arrivé (surtout s’il a des moustaches).

Moi qui croyait que les grévistes faisaient grève parce qu’ils avaient des raisons… alors que c’est comme une gastro, comme une maladie ( peut-être génétique ?). Moi qui pensait qu’on ne diabolisait que ceux qui tenaient des propos équivoques…

Faut dire que j’ai été biberonnée par ça :

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Comment font-ils pour être aussi intelligents les gens intelligents ? Bonne question.

Si j’avais eu d’autres lectures que la Rubrique-à-brac , peut-être que moi aussi…

Mais cet homme a croisé ma route :

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Il est diabolique (Horreur. Je suis contrainte de le diaboliser. Cette maladie est fulgurante. Pourvu qu’une saleté de grève ne vienne pas se greffer dessus)

Suis irrécupérable.

Kiki