Pas de suspens aujourd’hui, chères lectrices, chers lecteurs, j’annonce the color of the billet : je vais publiquement me poser la question de la signification profonde de ce gimmick libéral qui ressort à toutes les élections, à toutes les sauces et à tous les vents. Il faut « libérer les énergies ».Le pays est sclérosé parce que les énergies ne sont pas libérées. Où ? Dans l’entreprise et à l’école, essentiellement.

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Qu’est-ce à dire ? Est-ce une métaphore de type sportif ? En ce cas, libérer les énergies revient à dire « lâcher les chevaux », ou encore « mettre la gomme », autrement dit : aller le plus vite (ou loin, ou fort) possible afin de… de quoi au juste ? De s’amuser ? Peu probable. De tisser des liens amicaux, respectueux, avec les partenaires ? A priori, ça n’est pas la préoccupation première des sportifs. Alors ? Afin de gagner. De gagner, donc de produire des perdants. Ah, tant pis pour eux donc. Comme dans ces séries américaines pour ados où les gros balèzes de l’équipe de foot narguent les intellos en mettant pouce et index à l’équerre sur le front, pour dessiner le « L » de « Loser ».

Or donc, si libérer les énergies consiste in fine à produire quelques gagnants pour une tonne de perdants, il faut concevoir cette expression comme l’apologie d’une société inégalitaire, de loups et de moutons, de dominants et de dominés.

Peut-être suis-je mauvaise langue et mauvais démonstrateur. En ce cas, examinons une autre hypothèse. « Libérer les énergies » pourrait signifier « Abolir les entraves inutiles qui brident les initiatives créatrices ». Amis libéraux, je vois le sourire revenir sur vos lèvres qui déjà séchaient de rage à la lecture du paragraphe précédent… Oui oui oui, me dites-vous distinctement, c’est plutôt ça !

Bien. Dans ce cas, quels sont les obstacles à la créativité, les barbelés multiples qui esquintent les pantalons à 2000 balles et empêchent la liberté d’avancer dans le monde moderne ? Les tracasseries de l’Etat. Les règles, la paperasse, les impôts.

Les règles. Au premier rang d’entre elles, un salaire minimum et des conditions de travail réglementées sont tout désignés pour subir les fourches caudines de l’expression éponyme de ce billet. Ajoutons le droit de grève, qui, c’est bien connu, « prend en otage » les usagers. Par exemple, un parent d’élève dont l’enfant ne peut pas aller en classe parce que son gauchiste d’instituteur fait grève atterrit tout de go au coeur de la jungle colombienne, où un frugal repas d’anaconda grillé lui sera servi aux côtés d’Ingrid Betancourt.

La paperasse. Ah, la paperasse. Les traces écrites, les contrats de travail, les engagements à tenir, le code du travail, bon sang, à l’heure du téléphone portable, d’internet et de la TNT, encore du papier ? Tant qu’on y est la paperasse devrait être supprimée à l’école. Un ordinateur portable par enfant, financé par les familles, au pire par les régions, c’est bien connu elles regorgent d’argent frais puisqu’elles sont presque toutes dirigées par la gauche, sauf la Corse et l’Alsace. Et l’on sait très bien que la gauche écrase d’impôts ses administrés.

Les impôts donc (les blogueur-euses attentifs-ves auront noté la remarquable transition entre le paragraphe précédent et celui-ci…), dernier écueil sur lequel les énergies maltraitées viennent s’échouer comme un pauvre cachalot ramolli, tandis que leur destinée aurait dû s’apparenter à la nage incisive du narval. Payer l’impôt bride les énergies. Quand tu gagnes trois balles, tu ne payes pas d’impôts, donc t’es pas concerné, veinard. Quand tu payes 5 ronds, t’es peu concerné, veinard aussi. Mais quand tu gagnes pas mal voire beaucoup voire très beaucoup, là, t’es quand même en droit de l’avoir mauvaise. Parce que toute ton énergie que tu t’apprêtais à libérer telle une fabuleuse éjaculation productive, elle devient une petite branlette honteuse qui finit dans un kleenex. Comme disait le spermatozoïde Woody Allen , un vrai génocide. Et tout ça à cause des impôts.

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Imaginant un instant produire ce billet en guise de copie de philo au baccalauréat, je rougis. Non à cause de l’allusion explicitement sexuelle de la fin qui me vaudra sans doute l’attention d’un public quelque peu différent du mien habituel, mais en raison de la faiblesse des raisonnements développés. Néanmoins, je crois pouvoir dire, au bout de ces lignes, et avec une certaine malice assumée, que je me sens mieux. J’ai, en quelque sorte, libéré mon énergie…

RV