Il faut que je vous explique.

Moi, les bateaux, j’en ai rien à canner. La mer, gloup gloup, les voiles, bon, les mouettes, c’est bien joli, mais ça m’est aussi étranger… qu’un truc étranger, c’est dire.

Mais, là, en regardant la chaîne Voyage , c’est-à-dire en voyageant faussement dans le virtuel télévisuel accessible depuis mon sofa Louis XVIII en moleskine d’autruche peinte à la main (ben, oui, en plus, j’ai pas de goût) je suis tombée non pas sur, mais DANS La Boudeuse.

boudeuse_bateau.1187102631.jpg

Jusque là, rien que de très normal, me direz-vous. Kiki vieillit. Kiki a des absences. Kiki s’autruche, non, s’émeut devant des trois-mâts ancestraux. Ça va passer, surtout si elle prend ses médicaments plus régulièrement.

Eh bien, c’est pire que ça. Vu mon grand âge et ma grande expérience des documentaires sur la vie des gens qui sont loin pas comme nous avec des habitudes qui craignent comme manger du lézard ou dormir sur des branches, oui, des documentaires comme ça, j’en ai vu. Et pas qu’un peu.

Mais des documentaires comme « La Boudeuse« , jamais.

Les marins embarqués à bord de Celle qui fait sa lippe ne sont pas comme les autres. D’abord, ils ont des maillots rayés.

p_boudeuse-equipage-bapteme-3.1187102645.jpg

Ensuite, ils accostent et s’installent avec les habitants. Longtemps. Pas « deux jours, vise-moi ça Coco c’est dans la boîte le ragoût d’anaconda et on repart ». Non, ils vivent plusieurs semaines, travaillent, mangent, dorment, et discutent comme ils le peuvent avec les peuples de l’eau.

rencontre_h.1187102789.jpg

Ces gens du bout du monde que je visualise comme une masse de passants, tous anonymement exotiques, et tous semblables finalement, deviennent réels.

Ils ont des noms. Ils révèlent leurs rêves, leurs idées, leurs projets, leur attitude face à la vie et à la mort. Celui-là, qui plonge d’ordinaire avec du matériel à deux balles pour pécher des huîtres perlières et risque sa vie un jour sur deux, dit qu’il aurait voulu être médecin. Ce marin ne veut pas que ses enfants vivent comme lui. Cet autre explique qu’il ne peut pas mourir maintenant car il n’a pas assez répandu de bien autour de lui. Celui-ci est heureux, a 80 ans, de ne plus avoir à ramer grâce un petit moteur qu’on lui offre. Ils racontent tous leurs joies, leurs peines, comme nous, mais leurs vies sont Ô combien plus difficiles.

Les marins de La Boudeuse, hommes et femmes, participent aux chantiers, aux repas, aux fêtes et parfois aux funérailles. Il se crée une sorte de mélange amical, de partage des connaissances, de rires et de travaux communs. Rien que de très humain finalement.

boudeuse_2001.1187103110.jpg

A ne pas rater. Sous aucun prétexte. Arrrch ! Le nombre de fois où j’ai lu ou entendu « A ne pas rater. Sous aucun prétexte » et où je me suis dit, cause toujours, Germaine, si y’a un bon Cadfaël qui passe à la télé, je zappe ton truc… Mais là, c’est pour du vrai. Il ne faut pas rater La Boudeuse , sous aucun prétexte. Et qu’elle continue à faire la tronche encore, parce que moi, ça me va. Et en plus Cadfaël , on peut toujours l’enregistrer ou le bouquiner tranquille sur un sofa Louis XVIII en moleskine d’autruche peinte à la main.
Kiki