par Kiki

Quelquefois on joue avec les personnages historiques. On cite Vercingétorix, Napoléon ou Louis XIV pour éclairer un propos, établir un parallèle, faire une comparaison. C’est facile, depuis le temps, ils ont perdu de leur réalité, ils sont devenus des héros, des pantins de Commedia dell’arte, des exemples, des symboles, des emblèmes, des concentrés de pensée.

Si l’on m’explique que Dracula luttait vaillamment contre l’apartheid, je dénonce l’erreur de casting (et inversement, un Nelson Mandela aux canines ensanglantées ne provoquera en moi qu’une surdose d’incrédulité).

Sauf que là, c’est Mère Térésa qui n’avait pas la foi. Et pas de cafteur pour la dénoncer, non, c’est elle-même qui l’écrivait dans des lettres et son journal intime. Comme personne ne me dit jamais rien à moi, je ne l’apprends qu’aujourd’hui.

Elle doutait.

Ben zutalors.

Ce devait être tout sauf confortable, car elle n’a pas douté 5 minutes ou juste une nuit ou deux aux environs de Noël, non, elle a douté 50 ans. Et dans la vie qu’elle avait choisi, douter de l’existence du Très Haut n’était pas un léger incident de parcours, comme un ongle qui casse ou un accident de tong, douter c’était sa totale et entière remise en cause, chaque matin au réveil. Enfin, c’est comme ça que je vois le truc.

J’aime bien le doute. Enfin pas toujours. Si je perçois qu’un projectile risque de faire valdinguer ma tête, je ne veux pas douter au moment de m’écarter de sa trajectoire (et hop).

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J’aime bien le doute constructif. Celui qui remet en cause les a priori, les idées reçues, les convictions soumises au plus grand nombre. Celui qui laisse entrevoir qu’une autre réalité est possible. Celui qui grignote les certitudes ancestrales et les « la Terre est plate » de tous poils et de tous temps.

Donc, Mère Térésa doutait.

Mais pas toujours. Par exemple, elle était sûre d’elle quand elle déclarait que l’interruption de grossesse constituait « le principal danger qui menace la paix mondiale« . Elle condamnait aussi la contraception, et cela sans aucun doute.

Et elle n’a pas non plus douté de la bienveillance de Jean-Claude Duvalier à Haïti, déclarant à propos de Bébé Doc et de sa femme qu’ils « aimaient les pauvres« , et étaient « adorés d’eux« ,ceci avec certitude.

Elle ne doutait pas du fait que « la souffrance rapproche de Dieu » (elle était donc aussi contre l’aspirine), « Il y a quelque chose de très beau à voir les pauvres accepter leur sort » disait-elle également, sans incertitude aucune.

Les gens sont d’un complexe. Rien n’est jamais vraiment blanc ou noir, combien y a-t-il de nuances de gris, et peut-être que Dracula, au fond, était un brave garçon, et que Louis XIV pratiquait l’humilité, et que Napoléon détestait donner des ordres, et que Vercingétorix n’avait pas de moustache…?

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Pour ma part, je ne doute pas de mes doutes. Enfin, rarement…

Kiki (?)