par Kiki

Quand je n’écris pas ce blog, quand je ne visite pas les autres blogs, je lis.

Car je le confesse, je suis un pur esprit, ce qui a l’avantage de me délester de la corvée de la lessive à 40° et autres fredaines que certains êtres de chair pratiquent avec Abnégation, Courage ou Mauricette selon le cas.

Hier, j’ai tourné la dernière page de Mr Vertigo de Paul Auster (avant j’avais tourné les pages précédentes, j’ai beau être volatile, la logique me rattrape toujours).

C’est une drôle d’expérience que j’aimerais partager avec les Vertigués et les nons-Vertigués alentour. D’où l’apparition de ce billet devant vos yeux sidérés, si, si, je vois bien que vous êtes sidérés, allons, allons, pas d’inquiétude, je n’en ai pas pour longtemps, vous pourrez vous désidérer dans trois minutes.

Ça commence comme du Dickens ou du Steinbeck, c’est selon, avec une pincée de Mark Twain pour le goût. Ça passe par l’Amérique en crise des années 20, le Jazz, le Base-ball, les gangsters, le Klu Klux Klan, les voitures déglinguées, les routes interminables et les coups de feu. Ça raconte la vie, la quête, l’accomplissement, la mort accidentelle ou violente, le suicide, la survie, la séparation, la faute, la vengeance et l’amour.

Vaste programme comme dirait l’Autre.

Et je réponds à l’Autre : « Oui, une grande entreprise, au prix de 5.49€ en format livre de poche ».

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On peut voir Mr Vertigo comme une parabole, une fable, une métaphore qui nous dit que nous sommes tous capables de nous élever au-dessus de nos possibilités, mais que c’est dangereux, une affaire de choix en quelque sorte, avec de multiples chemins à prendre pour y parvenir ou y renoncer.

Le narrateur nous raconte sa vie, celle de Walt le Prodige, qui savait voler.

Et pas voler comme Arsène Lupin en laissant sa carte de visite pour draguer les gonzesses, non, voler comme les oiseaux cui-cui.

Ce qui m’a sidéré (oui, moi aussi, vous avez vu mes yeux écarquillés ?) c’est bien cette maestria de Paul Auster. Quelle incroyable arrogance de lancer ce postulat : son héros peut, va, s’est élevé au-dessus du sol, au mépris de toute logique humaine.

Et quelle superbe, car ce héros qui peut, qui va, qui s’est élevé au-dessus du sol, je crois en lui. Je suis persuadée qu’il l’a fait, non, là-dessus aucun doute, cette autobiographie fictive est réelle. Superbe arrogance.

Tiens, je mets ça en titre, comme ça j’ai l’air organisée.

Il y a aussi dans ce livre une part de pudeur complexe, des marques d’affections qui n’en sont pas, de la rudesse qui cache la compassion, des émotions brutales, toute une palette de sentiments retors qui transpercent les personnages en un flux vital inévitable. Purée, cette phrase est vachement chiadée. Paul Auster me fait un effet bœuf. Je me fais peur.

Hier, (coïncidence ?) j’ai vu des photos de Diane Arbus. Je crois qu’elle aurait tout à fait pu photographier les personnages de Mr Vertigo :

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Comme quoi des fois, on peut lancer des ficelles entre les choses pour les relier entre elles. L’idée c’est de ne pas faire trop de noeuds pour ne pas avoir l’air tache.

Sinon, « Dans le scriptorium » du même Paul Auster me conforte dans l’idée que ce bonhomme maîtrise parfaitement son art et n’hésite pas à s’interroger sur la société, ses dérives, la place de l’homme au milieu et les ressors de l’écriture (un peu comme Pollux dans le Manège Enchanté mais vachement plus intellectualisé donc pas pareil).

Bon, j’attends le prochain Paul Auster…

Ayé ? Pas encore ?…

C’est long. Même pour un pur esprit comme moi.

Comment ça, je ne suis pas un pur esprit et vous ne me croyez pas une minute ? Et si je vous dis que je sais voler, non plus ?

Ah, votre incrédulité est vexante.

En tout cas, je sais faire les lessives à 40° avec une dextérité peu commune (Essorage d’Or à Melbourne en 1956).

Alors, hein, un peu de respect, jeunes gens.

Un autographe ?

 

Kiki