par RV

Le raisonnement instillé par les tenants du pouvoir politique et économique est assez simple, ouvrez les guillemets je vais faire comme que si j’étais un puissant :

Si le peuple que je prétends diriger s’aperçoit en profondeur que je lui propose une vie dont je ne voudrais même pas pour mon cochon d’Inde, ça va chier pour mon matricule. J’ai donc plusieurs solutions pour faire tenir le « tissu social » dont j’ai besoin pour asseoir mon pouvoir (réélection, non grève dans ma boîte, ce genre de truc) :

1. Répartir équitablement les fruits de l’économie, en redistribuant aux plus démunis et en visant une moyenne très haute… Meuh non, j’déconne !.. Y’en a qui y ont cru ?

2. Affirmer, marteler, réaffirmer que la place que l’on a, on la mérite, on ne la doit à personne, qu’à son travail. Discours qui a la bonne idée de fonctionner dans les deux sens, puisque le dominant aura bien gagné sa place, et le dominé n’aura rien fait pour y échapper.

3. Affirmer, marteler, réaffirmer que « les autres pays – européens de préférence – ont tous fait ce choix », et qu’il est « temps que la France réalise que nous sommes au 21e siècle ». D’où la directive Bolkestein, la dérégulation des salaires et des retraites et l’abandon progressif et irréversible du rôle de l’Etat dans l’économie.

4. Affirmer, marteler, réaffirmer que les bas salaires ne sont pas scandaleux, non, ce qui est scandaleux c’est que « des gens qui veulent travailler ne le puissent pas, à cause des grèves (…) ou de la loi des 35 heures qui est, rappelons-le, une aberration ! ». Et, accessoirement, tourner la haine de classe d’un type payé au smic vers un type payé un peu plus pour le même boulot, ça vous préserve de devoir rendre de vrais comptes sur les golden parachutes et autres salaires des gens qui ont du « talent », comme dit Lolotte Parisot. Ou vers les immigrés, pas mal non plus.

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(montage Kiki)

 

Je reprends la parole en mon nom. Et au fur et à mesure de ma progression dans l’écriture de ce billet, je suis devenu bien maussade.

Ce que l’on appelle la « gauche de gouvernement », à force de brader toute idéologie sous prétexte que le communisme soviétique avait lamentablement et criminellement échoué dans un bain de sang et de répression, pourrait tout aussi bien relayer ce discours.

En effet, le PS, aujourd’hui, n’existe plus que dans l’attente de municipales qu’il gagnera sans faire campagne. Il est prêt à coller tout le monde à 40 ans de cotisations en fustigeant les régimes spéciaux « archaïques » alors que ses élus votent comme un seul homme des avantages écoeurants pour les députés. Il approuve l’augmentation des émoluments présidentiels, symboliquement scandaleuse. Il est prêt à accepter que Sarkozy refourgue en force le traité européen refusé par les électeurs en 2005. Il est prêt à signer des alliances électorales avec n’importe qui, de Laguiller à Bayrou, sans aucune plate-forme politique.

En bref, notre brave PS, bizarrement plus embourgeoisé par l’opposition que par la pratique gouvernementale, attend l’alternance sans trop se faire de bile. Du coup, le moindre discours de défense des acquis sociaux vous place illico à la gauche de Lénine.

Etonnez-vous que les mouvements sociaux actuels me réjouissent, après ça. Que nous reste-t-il d’autre ?..

RV