Par RV

La pochette n’était pas très réussie.

Une espèce de colibri (tiens ? Coïncidence bannièrale ?) bleu, un coeur, une paire de menottes. Mais le contenu, ah, le contenu… en réalité ce fut le dernier vrai, le dernier excellent album de Leonard Cohen, le Canadien errant, qui vient d’être honoré d’une place au Panthéon du rock de Cleveland.

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Il s’intitulait « The Future ». La chanson éponyme offrait une sorte de réflexion post-communiste déjà désabusée. « Rendez-moi le Mur de Berlin, Rendez-moi Staline et Saint-Paul, J’ai vu le futur, baby, c’est du meurtre ». Nous étions en 1992. Difficile alors, un an après l’implosion de l’URSS, deux ans après la réunification allemande, trois ans après les révolutions majoritairement joyeuses des pays de l’Est, de comprendre cette prophétie. A l’époque, nous avions un président tout corseté, tout rigide, tout cachotier et sur sa vie privée, et sur sa diplomatie pas très présentable, et sur ses escapades de fin de semaine.

Il faut savoir choisir sa tente aujourd’hui. Je suggère aux SDF et à ceux qui en dénoncent la scandaleuse condition (attention, je viens d’utiliser un adjectif épithète qui a perdu sa substance depuis 6 mois, à force d’être non pas usurpé mais maintes et maintes fois soigneusement escamoté) de commettre un quelconque crime (contre des innocents via une bombe, contre le peuple via la dictature, contre des humanitaires via 8 ans de torture et de cachot) puis de louer quelques dizaines de belles voitures, de belles pépées si possible baraquées pour jouer les gardes du corps, et en ce cas, en ce cas seulement, auront-ils éventuellement le droit de planter une tente avec chauffage intégré et bénédiction des puissants. Bien sûr, ils auront encore à défaut d’une Christine Boutin, une Rama Yade qui leur dira « Je ne peux tolérer cela », mais on ne leur enverra les CRS que pour garder leur sommeil.

Qu’avez-vous fait, Ô père inaccessible, qui de RTT point n’aviez pour être là, à la maison, avec votre petit enfant adoré, votre petit ange aux pieds potelés. Dans ses yeux se reflétait votre silhouette, une belle statue de marbre, laquelle ensuite devint simple calcaire, puis stuc, puis plâtre, puis craie. Un jour, votre petit garçon capricieux, colérique et tyrannique n’eut plus assez de résistance autour de lui, et il se trouve, par une série de circonstances absolument extraordinaires, exceptionnelles, invraisemblables, que ses concitoyens le firent roi. Mais un roi singulier. Lundi roi du monde, jeudi roi du monde, et dimanche,littéralement, Roi Lion.

« Give me back the Berlin Wall

Give me Stalin and Saint Paul

I’ve seen the future baby

It is murder »

RV.