par Kiki

Je passe le clavier à Lluis Bassets, directeur adjoint d’El País, asseyez-vous donc Lluis, je pousse les factures et les miettes de cr*quottes

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comment dit-on en espagnol, « prenda oun siégea ? » sinon, vous savez que vous avez un « l » en trop dans votre prénom ? c’est redondant, mais peu importe :

« La maladie dont souffre Sarkozy n’a pas la gravité du cancer de la prostate de Mitterrand, mais elle touche un organe vital s’il en est : l’ego. Celui du président est d’évidence atteint d’une hypertrophie probablement incurable. […] Le traitement qu’il a infligé en public aux uns et aux autres, y compris à certains de ses collaborateurs les plus proches, est digne du comportement d’un monarque bilieux et capricieux avec ses laquais. […] une fois parvenu à ses fins, il s’est consacré à lui-même, comme un ado narcissique obnubilé par ses sentiments et ses plaisirs.[…]

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(Il) se vautre dans l’exhibitionnisme. […] il a échoué au point de prononcer la formule maudite qui rompt les sortilèges : “Qu’est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ?” En monarque philosophe, il a manifesté les plus fortes réserves vis-à-vis des traditions républicaines, en exprimant avec désinvolture son affinité intellectuelle avec le pape. Il n’a pleinement triomphé que dans le rôle de sultan, seigneur en son sérail, paré des atours qui passionnent un certain public – et manifestement aussi ses pairs. Le voilà fasciné par son propre pouvoir de séduction, son goût exquis et sa désinvolture. Mais ce triomphe-là a le don de déprimer beaucoup de Français car il rabaisse la République au niveau de la principauté de Monaco. »

À bientôt, Lluis. Et Viva España moi je dis.

Mais qui vois-je avancer vers mon siège ? C’est vous William Pfaff ? Vous qui écrivez dans l’International Herald Tribune ? (c’est quoi cette addiction aux « f » au fait ? pourquoi 3 d’abord ? enfin ce n’est pas le sujet) Installez-vous, install yourself. Je vous sers un thé, un café, une omelette aux lardons, une chiffonnade de jambon de Luxeuil ? 110147944772_1.1203780443.jpg OK, je vous laisse tranquille. Talkez tout ce que you want, the clavier is devant you.

« Nicolas Sarkozy a renoncé à être Monsieur le Président de la République, sauf lorsque cette noble appellation se révèle opportunément intimidante ; dans les autres cas, il veut simple­ment être le type qui a un boulot à accomplir, à savoir tapoter les électeurs sur l’épaule, un dirigeant qui a gagné sa place au mérite, tout ça pour finir à la une des magazines people avec sa dernière – somptueuse – conquête. Tout cela ne colle pas, et les Français ont le sentiment que leur pays en sort diminué.

Car la France est un pays éminemment sérieux. Or les grandes décisions de politique étrangère – l’Afghanistan, l’Iran, les rapports de la France et des Etats-Unis, l’OTAN, Israël, les Palestiniens, ou encore le nom du futur président de l’Union européenne ou celui du prochain maire de Neuilly – sont toutes prises par Sarkozy sur le mode du caprice, sans préalable ni débat public. […]

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La situation actuelle est de celles que le président français semble avoir lui-même anticipées, voire redoutées : conquérir le pouvoir est une chose, en faire bon usage en est une autre. Au lendemain de son élection, il avait déclaré à la dramaturge Yasmina Reza : “J’ai rêvé d’être là où je suis maintenant. J’y suis. Et ça ne m’excite pas. C’est dur. Ça y est, je suis président. Je ne suis plus dans l’avant.” Nicolas Sarkozy se retrouve donc dans le “maintenant”. C’est peut-être là tout le problème, et un problème pour lequel il ne trouve pas de réponse satisfaisante. »

Merci William. Et take care, hein (je suis pratiquement polyglotte c’est fou).

Oh ben , pas le temps de m’assoir, c’est Barbara Spinelli de la Stampa qui arrive ! (ça tombe bien, j’ai de l’espresso. Ces italiens sont terriblement exigeants avec le café. Et je sais faire les pâtes al dente, mais je m’égare) Voilà, Madame Barbara, prenez place, voulez-vous que je vous joue un air de mandoline pendant que… mandoline_napolitaine.1203780294.jpg Volaré , oho, cantaré, oh oh oh oh, nelblou dipinto di blou… oui je comprends… l’index sur la bouche veut dire chut …

« Au fond, ces derniers (les enfants) ont tout du citoyen idéal, infantilisé, qui est le fantasme de tout homme fort. Un rêve de pouvoir absolu sur les êtres qu’aucun Etat moderne ne peut plus s’arroger. Modeler l’être humain est le rêve commun des dictateurs – de ceux qui le sont véritablement et de ceux qui les singent. L’hebdomadaire britannique The Economist n’a-t-il pas représenté en couverture Sarkozy en Napoléon juché sur un cheval blanc ?
Très admiré en Italie, envié même, Sarkozy se révèle un personnage singulier, non pas génial comme il le voudrait, mais particulièrement capricieux, frôlant souvent le ridicule. Sa dernière proposition sur la Shoah est, à cet égard, emblématique. Et il s’agit bien d’une trouvaille : à la différence de l’idée, une “trouvaille” est le plus souvent opportuniste, elle est synonyme de stratagème, d’astuce, d’expédient. Il en va ainsi pour l’adoption d’enfants gazés par d’autres enfants : l’initiative est à la fois d’une légèreté stupéfiante et imprégnée d’ignorance militante. Elle est spectaculaire et brutale. Seul un homme qui refuse la maxime de Socrate
“Connais-toi toi-même” peut penser qu’il serait salutaire pour un enfant de s’identifier à un autre enfant de son âge jeté dans les fours crématoires.
[…]

Et pourtant, il y a de la méthode dans cette folie, et les discours de Sarkozy sur la religion le confirment. Le président a découvert ce qu’il y avait de fascinant et de profitable dans trois domaines précis – la foi, l’école et la mémoire (surtout la mémoire de la Shoah) –, fascinant parce qu’ils ébranlent les esprits, leur imposent le silence ; profitable parce que valorisant pour celui qui les utilise, même s’il ne se soucie pas des conséquences. […]

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Voilà la laïcité ignorée, enterrée, car incapable d’éveiller l’espérance. En plus, Sarkozy exalte cette “radicalité de la vie” dont il est en train de faire son emblème, en privé comme en public, dans une confusion de plus en plus grotesque. Cette radicalité de la vie est érigée en modèle, promue par un Etat qui fusionnerait intégralement avec son président. L’émotion se substitue à la raison, le déséquilibre à léquilibre.

Et voilà.

J’ai rien à dire en fait. Je fais rien qu’à rapporter.

Je suis une vraie cafteuse. C’est pas bien. J’ai honte. J’irai au piquet avec Courrier International pendant que le reste de la classe, debout, chantera la Marseillaise. Et ce sera bien fait pour ma pomme.

Hé hé.

Kiki

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