Par RV

Deux nouvelles mesures préconisées avidement par le pouvoir sont inquiétantes. Beaucoup plus encore que le « style » sarkozyste. Vous me direz, on a l’habitude, mais le corpus s’étend, et les contours d’une idéologie bien connue se dessinent : celle du FN.

Je ne reviens pas sur le traitement des étrangers via les centres de rétention et les expulsions de dangereux enfants scolarisés sans-papiers. Je ne reviens pas sur la collusion entre Sarkozy et l’Eglise catholique, qui va jusqu’à féliciter des intégristes notoires (cf billet de Kiki du 25/02). Je ne reviens pas sur la diplomatie française dont les héros se nomment Bush, Khadafi, Poutine et Déby, tous modèles reconnus de démocratie débonnaire. Je ne reviens pas sur le sempiternel discours anti-décadence qui doit « liquider » mai 68, rétablir l’incivilité scolaire et l’amour de l’hymne national. Je ne reviens pas sur la casse du service public et de l’égalité des territoires, assimilés à une machine de gaspillage reposant sur des millions de fonctionnaires payés à glander devant la machine à café.

Je pense d’abord à la mesure pénitentiaire contre les criminels jugés potentiellement récidivistes. Dernier argument avancé, « que feriez-vous si c’est votre enfant qui était violé et/ou tué ». Alors je réponds : je serais fou, de douleur et de vengeance. Et c’est précisément là qu’il faudrait que la justice intervienne : qu’elle fasse en sorte que je ne devienne pas moi-même un criminel. Qu’au-delà de ma douleur, infinie et inextinguible, elle s’affirme comme la gardienne raisonnable d’un ordre public qui ne peut reposer sur de tels arguments. Hélas, ça n’est pas toujours le cas. Des dysfonctionnements judiciaires aberrants crucifient dans leur deuil des familles qui ne demandent pas vengeance, mais justice. Pourtant, de la façon dont elle est formulée, j’ai peur que cette loi cache un autre dessein : remettre sur le tapis la peine de mort, seul moyen radical d’éliminer les individus dangereux. Autre ritournelle du FN.

 

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Je pense ensuite à la mesure d’évaluation des écoles et des professeurs. Je cite le Monde.fr d’aujourd’hui, article : Nicolas Sarkozy justifie sa méthode et veut garder le cap : Interrogé sur ses projets en matière d’Education, Sarkozy annonce deux nouveautés dès l’année prochaine : les résultats de l’école seront communiqués aux parents et il y aura une évaluation tous les deux ans des professeurs sur leurs résultats.

Ayant connu une bonne dizaine d’établissements scolaires différents depuis que je suis enseignant (1992), j’ai eu l’occasion d’enseigner en ZEP. Mes résultats chiffrés au Brevet des collèges tournaient alors autour de 55 % de notes positives. Je bossais pourtant comme un dingue. J’ai aussi eu l’occasion d’enseigner en lycée »tranquille », et mes résultats au baccalauréat atteignaient alors 85 % de notes positives. Objectivement, j’y travaillais moins qu’en ZEP. Cette mesure permettra donc d’évaluer très positivement un enseignant fumiste et radotant les mêmes cours depuis 20 ans dans un lycée privilégié de centre-ville, tandis qu’elle vilipendera un prof très compétent et motivé dans son établissement de banlieue pourrie. Bravo. Comme les mesures fiscales de l’été 2007, cette nouvelle directive sera parfaite pour distinguer les « gagnants » des « perdants ».

La droite qui nous gouverne n’est ni moderne ni dynamique. Elle est ultraréactionnaire. Elle est tout sauf gaulliste. Elle n’a plus besoin du FN pour gagner les élections, elle l’a absorbé. Et pas seulement ses suffrages. Sarkozy, « le 21 avril permanent ».

RV