par Kiki

« Les beaux dimanches » c’est un livre.

Bon, je sais qu’un livre est moins efficace qu’un épluche-légumes (notamment pour l’épluchage de légumes, d’après des témoignages de marmitons désappointés). Un livre est aussi moins utile qu’une clé à molette (pour sa défense, je rappelle que le livre n’a pas de molette, d’où une compétition inégale, et de nombreux plombiers, je le sais, m’approuvent avec vivacité).

Bref, « Les beaux dimanches » est un livre qui ne cuit pas à la vapeur ni ne colmate les fuites, mais, bigre, il fait bien d’autres choses.

D’abord il piège.

Il piège par son titre tout gentillet, tout guilleret et sa couverture poético-bucolique…

 

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…Vous vous surprenez à chantonner du Prokofiev ? (mais si ! Ne niez pas, on vous entend d’ici !) La musique de Pierre, le petit garçon calme et joyeux qui promène ses guiboles au soleil ?

C’est bien trouvé car, attention : si dans l’histoire de Pierre, il y a la peur du loup, dans les 11 nouvelles de Magali Duru, il y a aussi la peur d’un louppeurduloup.1205851631.jpg , un loup insaisissable, traître, changeant, dangereux car métaphorique.

Le loup est comme le furet, caché par ici, ou par là, dans des endroits inattendus, les pires, les endroits que vous venez de toucher, comme la poche d’une veste, des endroits que vous venez de respirer, comme un bouquet de fleurs, des endroits que vous venez de refermer, comme la porte d’une cuisine, des endroits simples, comme le jardin du voisin. Piège…

 

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Il ne s’agit pourtant pas ici de littérature à la Stephen King, « pour se faire peur pour du semblant ». Magali Duru dévoile un monde caché, celui où les ressorts sont froissés, où les mécanismes grincent, où l’apparente banalité est un mouchoir à recouvrir les failles. Son écriture est précise et travaillée, ébarbée, mais aussi lyrique, poétique, chaque histoire en cohérence avec son univers, à chaque titre son style particulier.

Elle peut montrer ce qui se cache sous la sereine apparence de vie. Elle peut décrire soigneusement l’attention de ses personnages à masquer leurs fêlures. Sous la croûte de vernis, c’est la mort qui laisse dépasser son doigt.

Chacune de ces 11 nouvelles est un destin :

Celui d’un poète asiatique callygraphiant un haïku :

« Futile, ma vie

Comme un osselet d’enfant

Lancé et perdu »

Celui d’un homme cloîtré :

« Il soupire, ses mains tremblent. Une heure et quart sans cigarettes, il doit souffrir.
Il me regarde : Tu appelleras Maman ?

Je le rassure, je lui téléphone dès mon retour, elle voudra tout savoir sur ma visite.
Il panique : Tu ne lui dis pas que j’ai des coups de cafard ?

Je le rassure. Je dirai qu’il va bien, qu’il y a des fleurs dans la cour, qu’il chante à la chorale. Comme les autres fois.
Il opine : Je chante bien, tu sais. Et il bombe le torse, attaque « Oh Marie, si tu savais… ». Je murmure, paniquée : Chut, ne recommence pas… »

Celui d’une femme qui étend son linge dehors :

« Au-delà de la clôture, dans son dos, trois ou quatre chocs sonores témoignent de la présence proche et invisible du jeune homme, mais ce ne sont toujours pas les hoquets d’une tondeuse qui démarre. Que fait-il avec cette rallonge dont le fil rigide vient encore de s’élever dans les airs, trois ou quatre fois, bien au-dessus de la haie ? La grosse prise orange frappe des coups répétés contre un objet en bois, peut-être la poutre de la véranda. Il lui vient la pensée bizarre que c’est comme si on frappait à une porte, une porte qui ne s’ouvrirait pas. »

Alors méfiez-vous ! Ici piège !

Pour se le procurer, c’est un peu coton. Ce n’en est que plus gratifiant (franchement acheter un livre comme on achète un épluche-légumes..! Autant acheter une clé à molette, tiens) :

voilà une solution, et une autre (ça fait deux possibilités, deux est un bon chiffre, comme les deux amours de Joséphine Baker, ou les deux demoiselles de Rochefortrochefortdemoiselles.1205851823.jpg, ou Deux Dion-Bouton, ou les Deux-Sèvres, les Deux Vedjian -zut, j’avais dit pas de politique-… oh pis y’a plein d’exemples).

Conclusion toute personnelle, grâce à Magali Duru et à ses beaux dimanches, je ne regarderai plus un téléphone portable comme une chose anodine…

Kiki

PS 1 : Magali Duru a un blog tout neuf ! Elle vient juste d’en arracher le papier cellophane, et c’est ici.

PS 2 : D’autres avis sur « les Beaux Dimanches », celui de Georges Flipo, celui de Thé toi et lis, celui de JM Laherrère, celui du Littéraire.com, celui d’Au jour le jour, celui de Happy Few, celui de Cuneipage, celui d’Ernest J. Brooms , et c’est sans compter les avis futurs, mais pour mettre les liens j’ai un problème technique…

PS 3 : Merci pour tous les commentaires vachement très-trop gentils à mon égard. Du coup maintenant, je dors avec un casque, pour ne pas attraper la grosse tête. La preuve en images :

 

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PS 4 : Demain, c’est vendredi, jour du Vésuve vesuve.1206005819.jpg .

…non, de Vénus venus.1206005998.jpg.

…non du poisson recettepoisson.1206006577.jpg .

…enfin c’est vendredi.

PS 5 : Rien de spécial, c’était juste pour le plaisir d’avoir un PS 5.