Par RV

Je sais bien que parfois, on pourrait croire le contraire, mais je vous assure, Messieurs-Dames, croyez-moi : je suis tout sauf prosélyte. A vrai dire, je suis même l’anti-prosélyte. Si j’affirme haut et fort des convictions, ça n’est pas prioritairement pour que vous les partagiez (tant mieux si c’est le cas bien sûr) ; c’est pour me positionner clairement. En politique, comme en toutes choses.

Je regarde avec étonnement les gens qui sont capables de vous dire « Lis ça, c’est très bien ». Ou qui vous conseillent un film, une exposition ou un spectacle. Je suis bien incapable de faire ça. Et j’avoue humblement que je dois franchir une petite réticence lorsqu’on me conseille de lire, voir, ou entendre telle ou telle chose.

Inversement, je souffre, n’ayons pas peur des mots, depuis des dizaines d’années d’une forme de non-reconnaissance d’autrui par rapport à mes choix. Devoir se justifier m’a toujours été un calvaire insupportable, et j’en veux profondément aux gens qui sont incapables de ce respect basique qui consiste à dire, mais surtout à penser, »OK tu fais comme tu veux sur tes choix qui n’impliquent personne d’autre ». D’autant que je ne vous parle ni d’euthanasie, ni de consommation de stupéfiants, ni de pratiques sexuelles déviantes ! Je vous donne un exemple : discussion autour du mariage, moi de dire « nous on s’est mariés en deux minutes, pas de cérémonie, pas de fête, hop, passons à autre chose ». Tempêtes de protestations, et que « mais comment as-tu pu faire ça à ta femme (signe d’une vision particulièrement bornée du monde où le mâle, condescendant chevalier, se devrait d’honorer sa promise par un beau mariage Barbie) », « et tes parents alors tu y as pensé », etcaetera. Autre exemple : je ne fête pas Nouvel An. Ouragan de protestations ! Crime de lèse-calendrier ! Atteinte à la morale publique et à l’industrie du Champagne ! Je ne vous parle même pas des anniversaires de mariage, Saint-Valentin et autres fêtes des mères-pères-grand-mères-grands-pères… Les autres, obéissant à une norme sociale incontestable, n’auraient donc nul besoin de se justifier. Le nombre fait loi.

Si j’ai une fois dans mon existence jugé la façon de vivre de tel ou telle alors que la susdite façon ne heurtait personne, qu’on me jette la première pierre et même le mur qui va avec ! J’en suis venu, dans la vraie vie sociale en 3D, à retenir mes phrases, anticipant systématiquement cette maudite justification que l’on ne manque quasiment jamais de me brandir sous le nez !

L’autre jour, un collègue m’a invité à passer chez lui, où son groupe de rock, fort bon d’ailleurs, répétait. J’en aurais presque chialé de reconnaissance quand je lui ai dit que je ne resterais pas longtemps pour pouvoir lire une histoire à Posuto Junior : il ne m’a rien demandé ! Il n’a pas insisté pour que je reste ! Il ne m’a pas gratifié des habituels « Allez, enfin, reste un peu, tu peux t’arranger autrement, gnagnagna… » Et en les quittant, ces 5 musicos tout reconnaissants d’ailleurs d’avoir eu un mini-public durant une heure, je me disais « les gars, j’irai à votre concert ! ».

Conclusion : ce billet n’est pas très captivant, j’en conviens volontiers. Mais il ne vous obligera pas, pas plus que les autres de mes productions, à penser contre votre gré. Le contraire serait bien, au fond, la chose la plus détestable du monde.

RV