juillet 2008


par Kiki

Ah oui mais non. Il est bête ce titre.

Les hommes ne vivront pas d’amour. Z’ont pas le temps, ni les possibilités. Tout comme le gorille ne jouera pas au Yams’.

(en même temps, ça aurait fait une belle chanson de Raymond Lévesque chantée, entre autres, par Gilles Vigneault : « Quand les gorilles joueront au Yams' »…)

Les hommes doivent gérer leurs peurs. Pour les transcender.

Ils doivent identifier les dangers et les éradiquer. Pour survivre.

Ce mammouth traîne trop près de ma caverne ? Opération javelot !

(l’ancêtre du cure-dent ET du mikado. J’adore la paléontologie)

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Cet éclair risque de nous carboniser ? Opération paratonnerre !

(merci Benjamin Franklin. Zeus peut aller se rhabiller du coup)

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(ci-dessus une illustration exclusive de notre envoyé spécial sur place. Eloquent, non ?)

Ce Landru utilise l’être humain comme combustible ? Opération guillotine !

(question de dissertation à rendre avant la fin du mois: « le Docteur Guillotin était-il un homme de tête ? » )

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Ainsi va le monde. La peur du danger nous motive. Les dangers sont partout. Il faut faire attention. Très.

Heureusement que l’Homme sait mettre en place des réponses adaptées pour parer au danger.

Par exemple, c’est un exemple, quand la jeunesse menace le sommeil du juste, la maréchaussée intervient avec célérité. Ben si.

Allez, j’arrête de rigoler parce que c’est pas drôle, et je recopie le témoignage d’Achim, 16 ans, que je viens d’aller lire sur le blog « Tout ça vaut la peine  » qu’anime son grand-oncle Roméo, avec sa Juliette (deux blogueurs multirécidivistes dans la sagesse, la mesure et l’ouverture d’esprit) :

« Je suis un jeune homme de 16 ans scolarisé en première S. Le 27 mai vers 16h30, je rentrais de l’école vers chez moi avec un ami. Après que nous ayons ouvert la porte d’une épave de voiture stationnée à l’orée du bois, mon ami a lancé une pierre sur le toit. Impressionnés par le bruit, nous avons quitté les lieux précipitamment.

Un peu plus loin, alors que nous marchions tranquillement, une voiture s’est arrêtée devant nous. Deux hommes en sont sortis et nous ont abordés en se présentant comme des policiers sans nous montrer leur carte. Ils nous ont demandé : « Qu’est ce que vous faisiez dans la voiture ? » et ils ont commencé à fouiller nos cartables et nous ont palpés puis nous ont demandés nos papiers. Nous avons raconté les faits exactement comme ça c’était passé, mais nous n’avons pas pu montrer de pièces d’identité car nous ne les avions pas. Ils sont allés inspecter la voiture et nous ont demandé si nous n’avions rien fait d’autre.

Ils nous ont emmenés au commissariat. Ils nous ont dit qu’ils ne nous mettaient pas les menottes en espérant qu’on se tiendrait tranquilles. Arrivés au commissariat, (de Sèvres, 92310) ils nous ont demandé de patienter dans une petite salle fermée. Nous avons attendu environ vingt minutes et ils nous ont demandé les numéros de téléphone de nos parents et sont repartis.

Un peu plus tard deux autres policiers sont arrivés et nous ont séparés pour nous interroger. L’un d’eux a téléphoné à ma mère devant moi et m’a demandé de raconter les faits, tout en me proposant des formulations. Impressionné, j’ai admis la plupart des phrases qu’il me proposait. Il m’a relu la déposition et me l’a fait signer. Je suis retourné dans la petite salle fermée pour selon lui attendre ma mère. Il me prévient quand elle arrive mais j’attends encore.

Je l’ai vu remettre ma déposition à un policier en uniforme et j’ai cru que c’était fini. Un peu plus tard l’un d’eux m’a demandé de le suivre. Je suis entré dans une salle et j’ai compris qu’il comptait faire une fiche sur moi. Un deuxième policier qui l’avait rejoint m’a fait passer sous la toise et a donné en plaisantant une fausse mesure : 1m 30 au lieu d’1 m 61 et il m’a demandé de me déshabiller pour rechercher les signes distinctifs tels que des tatouages.

Après m’avoir inspecté, il m’a demandé de montrer mon sexe. Je l’ai fait et il m’a dit « Je n’ai pas très bien vu, tu n’es pas circoncis ? ». J’ai répondu non. Et il m’a demandé de me rhabiller.

Le second policer m’a alors interrogé en me demandant mon identité. Ils m’ont demandé quel métier je voulais faire. J’ai répondu « diplomate » et ils m’ont dit que si j’avais un casier judiciaire je ne pourrais pas être diplomate.

Il m’a demandé si j’avais une petite copine et comme j’ai répondu non, il m’a dit que je ferais mieux d’en trouver une au lieu de faire des conneries en disant qu’à mon âge ça devait bien me tirailler….

L’autre m’a demandé si j’avais une voiture. J’ai bien sur répondu non. Et il m’a dit « Heureusement pour toi, sinon, je me serais fait un plaisir d’aller la casser »

Puis l’autre a préparé le dispositif pour prendre la photo et a écrit mon prénom sur la plaque : Hakim au lieu de Achim. Je l’ai fait corriger et il m’a dit qu’il ne l’avait pas fait exprès, que ça devait être l’habitude. Il m’a dit « Toi, t’es bien français ? Tes parents sont français de souche ? »

Il m’a pris en photo puis a pris mes empreintes digitales. J’ai été libéré. Par la suite, j’ai appris par mon ami qu’il avait subi les mêmes choses et qu’ils lui avaient dit que mon prénom c’était un nom de merde, que c’était un nom d’arabe.

Ce qui m’a choqué dans tous ça c’est que bien que j’ai répondu honnêtement à leurs questions, en leurs faisant confiance comme à des adultes représentant la loi, ils m’ont humilié gratuitement à plusieurs reprises. Je me suis interrogé sur la procédure qu’ils ont employé qui m’a paru disproportionnée par rapport à ce que nous avions fait. Occuper six policiers, humilier deux adolescents pour un petit trou sur une voiture déjà très abîmée : quel sens cela peut-il avoir ? »

Voilà. Juliette aujourd’hui a laissé ce commentaire sur le blog des Posuto :

« Je pense que tu ne dois pas lire notre blog en ce moment, Kiki, car notamment sur la note “que fait la police ? ”, te connaissant, tu aurais eu une réaction d’un humour suffisamment décapant pour bousculer le citoyen ! Amitiés, Juliette »

Je suis pas sûre, Juliette, d’avoir eu l’humour décapant que tu espérais.

C’est qu’il en faut une grosse dose pour décaper cette odieuse crasse.

Des hommes capables de détruire la confiance en la société d’un gamin de 16 ans qui veut devenir diplomate…

Mais bon sang, de quoi ont-ils peur ???

Kiki

PS : (ajout du 22 août, suite au commentaire de Circé )

Il paraît que, sans ses papiers, un homme n’est même plus digne d’être victime de délinquants. Il faut être en règle pour pouvoir se plaindre d’une agression :

Lire
Pays des Droits de l’Homme

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par Kiki

Chez les Posutos (Posuti ?) on adore recevoir du courrier.

Mais vraiment, hein.

L’ordinateur qui nous dit « vous avez 6 nouveaux messages », ça nous plaît.

Sauf que, depuis hier, nous recevons un mail par seconde.

A votre avis, combien de mails ce matin ???

(« Vous avez 17758 nouveaux messages« )

Il s’agit d’une attaque de spams a priori.

Aussi nous tentons de pourfendre l’agresseur :

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C’est une lutte de tous les instants (et « tous les instants », ça fait plein de moments. Les frères Bogdanoff ont beau dire que le temps n’existe pas, je réponds pouëtt, tiens).

Sinon je suis de très méchante humeur.

Entre le pape qui vante les vertus pacificatrices des religions

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(cette illustration n’a aucun rapport. C’est un spam)

l’uranium en vente libre qui va nous faire devenir chèvre, ou remodeler notre apparence externe genre ça :monstres.1216382105.jpg

…et la Liberté de la Presse qui hoquette parce que (Barbatruc) on l’a renomme espionnage industriel…

… sans compter les Odes au Dieu Pragmatisme qui vrillent mes tympans en continu ces jours-ci …

…ça aussi, c’est un super spam :

faire croire que le pragmatique c’est mieux et que c’est objectif, lucide et efficace, alors que c’est juste le stade Zéro de la pensée.

Neanderthal Boy était obligé d’être pragmatique pour survivre dans sa grotte… et en plus c’est un mauvais exemple. Qui sait quelque chose des utopies de Neanderthal Boy, hein ?

 

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(ce n’est pas une photo récente, mais je la trouve diablement instructive. Par contre, il faut qu’il lave son tee-shirt tout seul la première fois, sinon, ça va dégorger, enfin il me semble)

Tout ça pour dire que bon.

En plus.

Alors, hein.

Heureusement qu’il pleut pas, tiens. Ah bé si.

Kiki

par Kiki

Dans la série :

Je suis maso et je me fais du mal c’est fou

faut que j’arrête mais j’y arrive pas

je suis allée lire les commentaires d’internautes à la suite des articles qui concernent l’assistance sociale qui cafte. C’est là qu’on mesure à quel point les mots ont de l’importance, puisque certains établissent une différence de taille entre « délation » (cacabeurk) et « dénonciation » (acte de citoyenneté). Evidemment, selon les sensibilités, l’acte de cette assistance sociale est l’un ou l’autre.

Ceux qui s’indignent et utilisent le mot « délation » sont qualifiés de Droitsdel’hommistes (insulte suprême. Comment peut-on seulement trouver accorte et sympathique un truc aussi écoeurant que Les Droits de l’Homme, hein ? hein ?). L’argument massue pour contrer un Droitsdel’hommiste est « Prenez-les donc chez vous, tous ces clandestins avinés dépravés hirsutes feignasses malpropres qui mangent notre bon pain français, que c’est nous qu’on paye pour ! Ah, là on fait moins les marioles, hein ???! ».

Cet argument mille fois entendu m’a toujours mise mal à l’aise, genre je regarde mes pieds, que répondre, quoi rétorquer, c’est pas le propos espèce de xénophobe mesquin étriqué… Et je me suis souvent demandé pourquoi je ressentais cette gêne en l’entendant, cet inconfort et cet abattement.

J’ai compris ce matin (bé oui, je ne suis pas rapide, on m’appelle TortueGirl, j’ai un costume avec une carapace à paillettes d’ailleurs…

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mais ça n’a rien à voir).

Cet argument me met mal à l’aise parce qu’il ne s’adresse pas à moi en tant qu’ « être civilisé ». Il s’adresse à mon cerveau reptilien, à ma part d’animal, de non-social, ma part primitive qui ne supporte pas Tante Mauricette à table quand elle mange la bouche ouverte en postillonnant sur mon bras.

Personne ne doit personnellement prendre en charge chez lui dans son salon entre la plante verte et le bocal de Youyou le poisson rouge un individu posant problème à la société. Parce que justement, la Société Sociale Civilisée Non Animale doit mettre en place des réponses Collectives aux problèmes et proposer des prises en charges Collectives et déléguer la mise en place de ses décisions à travers des personnes dont c’est le métier, compétentes, formées pour, etc…

Bref, forte de cette nouvelle compréhension de mon fonctionnement (parce que j’ai paumé la notice faut dire), j’ai cliqué de ci de là et suis arrivée sur cette page de Brice Hortefeux himself. Je sais, ce n’était pas très raisonnable. Mais bon, on est toujours dans la Série :

Je suis maso et je me fais du mal c’est fou

faut que j’arrête mais j’y arrive pas

Je n’ai pas tout lu en détails à cause du lait sur le feu, mais deux choses m’ont quand même déconcertée :

 

Je cite :

« (…)J’ai ainsi en tête un cas précis qui résume parfaitement cette volonté d’équilibre, de fermeté et de justice : c’est celui de ce jeune étudiant ivoirien, séjournant en France sans autorisation et sans papiers. Il a été reconduit en mai dernier chez lui. Mais l’éloignement ne signifie pas bannissement. Il est juste de quitter le territoire quand on ne respecte pas ses règles. Il doit être possible de revenir lorsqu’on les respecte.

Ce jeune étudiant, que j’ai appelé au téléphone, a ainsi été autorisé à revenir en France afin d’y poursuivre son BTS d’informatique commencé après son baccalauréat.

La loi est ainsi appliquée et l’accueil concrètement respecté. »

Magnifique résultat. Aucune perte de temps avec cet aller-retour. Se rendre compte tout de suite que ce jeune homme n’était pas une brute sanguinaire avinée désireuse de mettre à bas et de fouler au pied le socle deux fois millénaire de notre civilisation était en option, on s’en doute. Voilà donc un jeune étudiant qui a pris l’avion dans un sens puis dans l’autre pour que dalle. Oui, ça a pollué pour rien. Mais c’est pas comme si on avait fait un Grenelle de l’Environnement.

 

« (…)Troisième priorité : mieux protéger l’Europe en améliorant l’efficacité des contrôles aux frontières. Cela passe par trois choses : un recours volontariste aux technologies modernes comme la biométrie ; des objectifs plus ambitieux pour l’agence Frontex, qui reste embryonnaire ; et une plus grande coopération entre les États membres et les États limitrophes. J’ajoute que les États européens les plus exposés doivent pouvoir compter sur une solidarité de leurs partenaires dans la lutte contre l’immigration illégale. »

 

Le mot important ici est « biométrie« . Parce que bêtement, moi je pensais que les contrôles aux frontières et l’obtention de papiers en règle était purement administrative, dossiers, certificats, feuilles dactylographiées format A4 avec ou sans trombone, avec ou sans tampon du ministère du truc ou du préfet du coin, signées, paraphées, précédées de la mention lu et approuvé le tant à remplir en quatre exemplaires.

Mais pas du tout. Grâce au mot « biométrie ». C’est épatant de savoir que des tonnes de papiers seront obsolètes (c’est bon pour l’Environnement) : un clandestin qui immigre se repère à la frontière grâce à ses empreintes digitales, son iris, les réseaux veineux de sa rétine, la forme de sa main, ainsi que les traits de son visage.

Après, dans la Série « J’ai besoin de mots » j’ai pensé à « beaaaarhk ! », mais ce n’est pas un mot. C’est plutôt une réaction épidermique, une réaction de mon cerveau tout entier, avec ses deux hémisphères, le reptilien et le civilisé ensemble qui entonnaient en choeur cette unique réaction dévastée.

Et après, je me suis souvenue d’avoir lu des témoignages de gens qui doivent pas correspondre aux critères biométriques de l’époque. J’ai lu et j’ai été triste. Pas seulement pour eux. Pour moi aussi. Pour nous tous en fait. C’est bête que les pouvoirs de TortueGirl soient si minces.

Kiki