Le post-it d’hier le laissait supposer : je vais piquer une bonne et bien grosse colère contre le discours de droite, qui commence sérieusement à me tanner. D’autant que la patronne des patrons m’a chopé à froid avec 2 heures de sommeil au compteur, cause Superbowl. Pas de sa faute, je sais, mais c’est pour dire.

Ben ouais, comment peut-on être de droite sans avouer, sans assumer son égoïsme social qui pousse à vouloir toujours moins d’impôts, son mépris pour tout ce qui n’est pas classé dans les premiers, sa méfiance de tout ce qui n’est pas dans la ligne sécurité-rentabilité-fainéants de fonctionnaires.

C’était incroyable d’entendre la responsable suprême du MEDEF (ouais, les patrons c’est plus « CNPF », c’est un « mouvement », comme l’aiguille d’une montre ou la course des planètes…) affirmer totalement tranquillement qu’un patron sur le départ devait absolument empocher ses 10 millions d’€uros. « Il est normal de récompenser le talent et la prise de risque ». Comment ? Vous pouvez répéter Madame ? Ah…

Alors expliquez-moi pourquoi mon postier, qui parcoure en vélo et par tous les temps les rues froides de ma bourgade, qui navigue entre les plaques de verglas et les chiens sans surveillance, n’est pas payé 100000 € par mois. No risk ? No talent ?

Expliquez-moi pourquoi les profs, surveillants et personnels administratifs des établissements les plus dangereux sont payés comme les autres enseignants, à savoir pas terrible. Risque Walou ? Talent Nada ?

Expliquez-moi pourquoi un chef d’escadron du GIGN (Il prend des risques pour les autres non ?) gagne moins qu’un secrétaire d’Etat. Zéro qualité ?

Expliquez-moi pourquoi un agriculteur bio, un pêcheur du Guilvinec, un éboueur de Marseille, qui tous les jours mettent les mains dans des trucs dégueus pour que les autres bouffent, gagnent des clopinettes ? Que dalle à faire valoir ?

Dans ma famille sans fortune, on m’a transmis une petite phrase de rien du tout, une tautologie que jusqu’à aujourd’hui j’avais un peu snobée : Il faut appeler un chat un chat. L’hypocrisie de la droite ajoute l’injure à l’insulte. Il me semble que de nombreux historiens et sociologues ont depuis longtemps prouvé que les patrimoines industriels sont largement transmis de générations en générations, et ce depuis le 19e siècle. Quel risque majeur d’être l’héritier d’une dynastie industrielle… En outre, a-t-on, au MEDEF, un instrument statistique qui évalue le gachis humain et économique provoqué par les dirigeants incompétents ?

On ne peut pas payer tout le monde des millions. Donc il faut choisir une aristocratie, une seigneurie qui saura faire bon usage entre soi des restaurants fréquentables, des parties de golf aux Emirats et des avions privés. Et si on est un petit, un rien du tout ou pire, un moyen, ben on se bouge, hein, et puis on donne quelques coups de latte de-ci de-là pour grimper et mériter sa place au soleil. La solidarité, le bonheur, l’égalité c’est des trucs de tapette, aurait dit Didier Lembrouille. A droite, on n’a pas d’idéologie, on est pragmatique, il faut faire tourner la barraque ! Lorsque la mer grouille de requins, c’est bon pour les poissons pilotes, ils ont plus de miettes à manger (métaphore kikienne).

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En terminale, alors que j’apostrophais ma prof d’éco sur l’inégalité des salaires, elle me répondit : « Alors, encore un propos de trotskyste ! Vous savez, si un cadre supérieur gagne beaucoup d’argent, c’est très bien car il pourra embaucher une bonne pour nettoyer sa piscine, et ça fournira des emplois ! »…

Ai-je besoin d’ajouter quelque chose ?

RV