…ainsi parlait non pas Zarathoustra (si quelqu’un sait écrire ce nom sans erreur et sans dico du premier coup je lui dégotte une médaille kissairarienmékéjolie) mais Zazie, entre deux métros.

Ça cause politique à fond sur les blogs. Bon, « Pas de polémique », nous ne rappellerons pas ici que Posuto est plutôt anti-… et pro-…, n’y revenons pas. Enfin quoi que… Mais non, rien, pas maintenant.

Ce qui me frappe, m’étonne et m’interpelle (dans l’ordre que vous voudrez), c’est la grande passion, pour ne pas dire la grande violence, qui anime les débats, les échanges d’opinions, les vacheries voire les insultes recueillies sur les blogs ou dans les réactions aux articles du Monde, par exemple.

Beaucoup se sentent investis d’une parole si brûlante qu’elle semble incendier le papier virtuel de nos écrans. Punaise, cette phrase est à caquer de honte, pardon. Je reprends : plein de gens Yzont l’impression que leur opinion doit être sur rue (pignon sur rue, clin d’oeil spécial pour tous les acharnés du jeu de mot laid, et bigre ils sont nombreux…), sur devanture, sur canapé, sur nos ordis quoi.

Or nous sommes vraiment entre nous. Mais alors entre nous. On a autant d’influence sur la vie politique de ce pays que Giscard d’Estaing sur la diplomatie nicaraguayenne… Si peu de gens bloguent (je sais même pas l’écrire ce verbe) que notre influence ne peut mathématiquement que se limiter à nous, soit quelques dixièmes de % de voix.

Par ailleurs, tous les journalistes professionnels, qu’ils soient issus de la presse écrite, de la presse audiovisuelle ou de la « presse-toi un peu on est en retard pour aller au spétak », surfent comme des Kelly Slater* fous chaque jour sur le Net. En surfant ainsi, les pros de l’info ont donc à mon avis l’impression que les blogueurs, issus du grand public (même en nombre restreint) ont acquis les mêmes outils qu’eux, et qu’il s’en servent pour au mieux les seconder, au pire les remplacer. Certains s’en agacent, ils ont peut-être raison. Offrez un ensemble « Caméra numérique de la mort + logiciel de montage qui tue sa race » à une buse, vous n’en ferez pas la nouvelle Agnès Varda.

Mais ils exagèrent la portée des blogueurs sur le pays « réel ». Certes, nous utilisons le même media que ceux qui « fabriquent » l’opinion. Potentiellement, chacun de nous peut avoir autant de lecteurs que Libé ou Le Parisien. Pourtant la démarche Internet reste élitiste. Le péquin moyen peut, au hasard de sa journée, tomber sur un Nouvel Obs ou un Fig mag, chez le coiffeur, le toubib, au bistrot, chez sa tante, que sais-je encore. Mais jamais il ne se retrouvera à goûter fortuitement aux délices d’un blog. Pour résumer ma pensée, journalistes et blogueurs ont les mêmes centres d’intérêt, mais pas la même influence.

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Concluons. Quand Yva falloir aller aux urnes, et que le suspense sera à son comble, ce n’est pas la blogosphère qui emportera le morceau. Ce ne sont pas non plus les militants, les convaincus, les grandes idées. Qu’on le déplore au nom du fond, qu’on s’en réjouisse par goût de la forme, ce sont les 15 à 30 % d’indécis qui, probablement le jour même de l’élection, feront pencher les plateaux. Et pour Posuto, Nom d’un os, le fond c’est quand même plus consistant que la forme !

Le beau temps éventuel emmènera les insouciants à la pêche ou à la plage ; la jolie affiche pleine de promesses d’une aube meilleure guidera la main de tel ou telle vers un bulletin inattendu ; la dernière affaire de violence urbaine ou de corruption des élus brunira quelques votes de gens par ailleurs charmants ; la beauté, le charisme, la coupe du costume, le timbre de la voix influenceront des milliers de votes. C’est cette imbrication de petits faits aléatoires qui poussera deux candidats vers le 2e tour. Le même enchaînement, le 6 mai prochain, dessinera le 1er visage de France. Un visage qui aura alors toutes les raisons pour nous faire grimacer.

RV

* Je précise que seule mon addiction bien connue aux jeux vidéos m’a permis de connaître le nom de ce champion incontesté de surf qu’est Kelly Slater, sport pour lequel j’entretiens un intérêt que la bienséance m’oblige à qualifier de « très modeste ».