Par RV

Nous sommes à Azincourt. Dans nos armures de mammouths, les archers d’en face nous dégomment en rigolant.

Dans les batailles, les guerres, enfin les vastes peignées quoi, si l’a priori de combat à armes égales n’est pas respecté, c’est même pas la peine de tenter le coup.

Ben nous, on est dans ce cas là. Si. Je vous le dis.

Nous. Les gens de gauche, pas trop cons, plutôt intellos. Classes moyennes en général. On sort nos principes, liberté, respect, égalité républicaine, tout ça. Humanistes, qu’on est. C’est beau hein ? Ben oui, parfaitement.

azincourt.1196331831.jpg
Source image : http://www.bertsgeschiedenissite.nl/middeleeuwen

Mais ça marche pas. Qui de nous n’a pas reçu un jour en commentaire un « Arrêtez de critiquer Sarkozy, il a été élu par les Français ». « Vous les bobos de gauche vous donnez des leçons mais lui au moins il agit ! »

 

Non, ça ne marche pas parce qu’en face, c’est les archers d’Azincourt. Ils ont les armes qui tuent. Ils rigolent d’avance. En face, ils n’en ont rien, mais alors rien à cirer de l’humanisme. En face ils ont la recette du profit. Ils ont Laurence Parisot, Arnaud Lagardère et Christine Lagarde. Ils rédigent des notes en anglais pour leurs collaborateurs, histoire de rappeler qu’à toute violence hiérarchique, la symbolique est la meilleure. Ils rêvent d’un monde sans code du travail qu’ils sont d’ailleurs en tain de bâtir. Ils applaudissent les gagnants. Les vainqueurs. Celui qui réussit à marquer même s’il est hors-jeu. Même si c’est sur un penalty imaginaire. Même s’il joue contre une équipe d’amateurs, six divisions en dessous.

Ils ont compris, eux, les archers d’Azincourt, que non seulement on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments (non pardon, ça ils ne savent pas, la littérature ça sert à rien sauf si ça vent des Goncourt), mais surtout qu’on ne fait pas de profit avec de bons sentiments. Ils ont le profit à la place de la théorie. Ils n’ont pas à penser. D’ailleurs leur chef le répète sans cesse. Pas intellectuel, pragmatique. « Arrêtons de penser », avait dit Mme Lagarde.

Nos bons sentiments, c’est notre armure de chevalier en 1415. Il fait froid. C’est la fin octobre. Il flotte comme vache qui pisse. Y’a de la boue. On attend. On est confiant. On est deux fois plus nombreux.

Mais on ne gagne pas.

Je vous laisse sur cet extrait de l’article « Bataille d’Azincourt », tiré de Wikipedia. Toute ressemblance avec la situation de ceux en qui nous avions, nous les chevaliers à l’armure de mammouth, placé des espoirs, n’est pas fortuite :

Les pertes totales des Anglais sont de 13 chevaliers (…) et une centaine de simples soldats. Les Français perdent 5 000 chevaliers (…), 5 comtes (…) 90 barons et un millier d’autres chevaliers furent faits prisonniers. Les seuls à survivre seront ceux qui auront préféré ne pas participer.

RV