Par RV

Influencer le monde, ou en tout cas lui rappeler sans cesse sa puissance : voilà, encore plus que la Chine, le leitmotiv de l’histoire russe depuis des siècles.

Pour ne remonter que d’une centaine d’années en arrière, la Russie tsariste de Nicolas II commença le XXe siècle par une guerre contre ceux que le dernier Romanov au pouvoir nommait les « Macaques », à savoir le Japon. Manque de bol, la Russie prit une pâtée historique, et les « petits singes » du Pacifique épouillèrent jusqu’au sang le gros ours continental.

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Carte humoristique de l’Europe par Madol, vers 1871

La suite ne fut pas non plus des plus brillantes pour la Russie. Elle perdit rapidement pied au début de la guerre de 14, puis l’abandonna pour se consacrer à sa nouvelle expérience socio-économico-politique : le bolchevisme. Ce qui la conduisit dans la foulée à une guerre civile et extérieure à la fois, qui la mit à genoux jusqu’en 1922. Ensuite vint le Stalinisme.

Et c’est justement Staline qui, comme diraient aujourd’hui les Chinois, reprit la face. Grâce à la victoire de Stalingrad, première très lourde défaite des Nazis en 1943, l’URSS devenait le sauveur du monde libre. Sacré paradoxe de la part d’un des régimes les plus sanglants et totalitaires de l’histoire !!!

Du coup, les années 1945-1991, qu’on appelle « guerre froide », ne remirent pas ou presque pas en cause la domination russe sur ses marges. En coupe réglée, les Baltes, les Républiques d’Asie centrale, et même l’Europe de l’Est. Seuls furent rétifs, pour des raisons de nationalisme mais pas spécialement de démocratie, les Albanais et les Yougoslaves.

Depuis l’éclatement de l’URSS en 15 pays vraiment indépendants, la Russie, naturellement la plus influente par l’ancienneté de sa mainmise sur les rouages économique et administratifs, par sa population conséquente de plus de 100 millions d’âmes et surtout par l’immensité de son territoire et de ses richesses, a réussi par le biais de la CEI à conserver une forme d’Union avec ses voisins.

Elle a néanmoins serré les dents lorsque, en l’espace de 5 ans, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque ont intégré l’OTAN puis l’UE, accompagné par d’autres anciens satellites de l’URSS, que ce soit dans l’OTAN ou dans l’UE. L »humiliation » russe s’est aussi ressentie lorsque l’OTAN a bombardé le Kosovo en 1999, la Serbie étant pour Moscou une sorte d’ultime allié européen.

Que reste-t-il à la Russie pour rester une très grande puissance, de celles qui, à travers les âges et les régimes, fichent la trouille aux voisins plus ou moins proches ? Le poids économique insolent que la flambée des matières premières lui donne aujourd’hui est conjoncturel. Il lui faut une aura géopolitique bien traditionnelle, bien basique, un truc à la Napoléon : une influence territoriale incontestable.

Vers l’Est, c’est cuit : Chine, Corée, Japon ne se laissent plus faire depuis longtemps. Vers l’Ouest, plus personne, si ce n’est la Biélorussie du dictateur Loukachenko, ne souhaite se placer sous protectorat russe. Vers le Nord, c’est le Pôle, et par-delà, les USA et le Canada, donc rien à espérer là non plus. Vers le Sud, les Républiques d’Asie centrale se distinguent de plus en plus de la Russie orthodoxe par leur appartenance à l’aire de civilisation musulmane. D’ailleurs, ces différences expliquent l’échec cuisant de l’aventure soviétique en Afghanistan de 1979 à 1989.

Il ne reste qu’une région sur laquelle les Russes exercent une domination pluriséculaire solide : le Caucase. Le Caucase, composé de plusieurs Etats anciennement intégrés à l’URSS, à savoir l’Arménie, l’Azerbaïdjan, et la Géorgie. Laquelle, dans la quasi indifférence, vient d’annoncer son retrait de la CEI. Ce qui semble, pour le moindre, logique.

RV