par Kiki

Aujourd’hui dans notre PosutoDossier Scolaire, l’étude de la figure du casse-pieds :

Sur un groupe de 30 élèves, le casse-pieds sort du lot tout seul (un peu comme le roi de carreau dans les mains fines de Mandrake le Magicien).

 

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A peine assis derrière son pupitre, le casse-pieds est à l’affût de toute interaction potentielle avec ses congénères. Il hume la chute de gomme, la mine de crayon cassée, la page chiffonnée, la règle manquante, le bouchon de feutre en chute libre. Chacun de ces aléas est sa nourriture terrestre. Il en profite pour conseiller, demander, exiger, encourager, rire, dénoncer, détourner l’attention collective, bref, détruire le discours du savoir. Il pose les questions décalées qui provoquent le flottement, il réagit brutalement à l’insignifiant, il se retourne, fait des clins d’œil, décide que chercher un mouchoir ou envoyer un petit mot à la voisine est le but suprême de la minute en cours, s’étonne de l’agacement qu’il provoque et miaule à l’injustice. Il passe de l’abattement profond à l’hilarité inextinguible en moins de 12 secondes (départ arrêté). Il polarise l’attention de tous, tout le temps, et même au repos, car lorsqu’il est inactif, l’attention de tous est tournée vers le moment inéluctable où il polarisera son public à nouveau.

Comment gérer le casse-pieds ?

Une des techniques envisageable est celle du « donner des responsabilités ». On demande au casse-pieds de distribuer les cahiers, d’effacer le tableau, d’aller chercher des photocopies, d’arroser les plantes, d’ouvrir une fenêtre ou de stocker les boîtes de trombones. Cette technique n’est efficace qu’un temps. Charmé au premier abord par toutes ces activités diverses, le casse-pieds va s’y investir avec énergie. On pensera même l’avoir canalisé. Mais la faim de renouveau du casse-pieds est similaire à la faim de plancton pour la baleine. A la deuxième distribution de cahiers, il choisira l’innovation qui consiste à se tromper de nom, à en faire tomber les trois quarts ou à les lancer façon discobole grec.

 

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Une autre technique possible, pour l’enseignant est l’acquisition de bidons de patience et de perfusions de valium (par contre, le travail et les progrès des autres élèves passent à la trappe).

On peut aussi faire passer le casse-pieds dans une autre classe que la sienne, voire même dans un autre établissement. Cette technique appelée « évacuation par le haut » est radicale, mais elle fonctionne.

Une fois adulte, ne nous le cachons pas, le casse-pieds reste un casse-pieds. Rempli d’énergie, il s’active brillamment pour polariser l’attention du plus grand nombre et à tout instant. S’il appartient à un groupe ou un parti, les dirigeants peuvent se laisser aller à lui donner des responsabilités, pour l’occuper. C’est une erreur. Il risque de faire des déclarations malencontreuses, complexes, irréfléchies, péremptoires et grandiloquentes. Il risque aussi de profiter du pouvoir qui est sien pour modeler son entourage. En grandissant, le casse-pieds a compris que l’attention momentanée ne dure qu’un court instant (et c’est frustrant). Il va donc être tenté de laisser sa marque, son empreinte, et dans la durée, et dans un espace plus large. Certains casse-pieds veulent être connus de par le monde entier pour leurs frasques et réactivent des tensions qu’on croyait éteintes juste pour le fun.

 

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Une technique possible est de mettre le casse-pieds dans la station Mir. Mais c’est coton. Parce que des fois, il veut pas. Et les astronautes sont pas jouasses non plus à cette idée.

 

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Petit ajout Psychologie à deux balles (dite « Psychologie d’emballages de Malab*r« ) :

Des études tendraient à prouver que les problèmes occasionnés par le casse-pieds sont générés par une non-reconnaissance originelle paternelle, d’où les pulsions contradictoires qui poussent le casse-pieds à se chercher un père de substitution (Pape, Président des Etats Unis, Conseillers…) ou à glisser vers la figure du Petit Père du Peuple (amour de la Patrie et du drapeau, ingérence dans les programmes scolaires…).

La semaine prochaine, un coup de projecteur sur la déprime (aïe).

Kiki